Les liens entre l’Histoire (ainsi que sa pratique en tant que matière de recherche) et la bande dessinée sont riches, nombreux, fructueux. Comme le rappelle l’historien Pascal Ory, un des précurseurs de l’utilisation du 9e art comme matériau d’étude dans le milieu universitaire, la production d’albums à la confluence de l’une et de l’autre a progressé aussi bien en terme quantitatif que qualitatif. Il nous a donc semblé naturel et pertinent, voire nécessaire, de dédier un médium au seul registre de la bande dessinée historique. Avec un regard un peu différent du reste de la presse BD, plus préoccupé par la période traitée que par l’origine géographique des albums (franco-belge, manga, comics), Cases d’Histoire s’attache à faire le pont entre le grand public et la recherche universitaire. D’une part en chroniquant quotidiennement livres, DVD, expositions, festivals, etc. sur le sujet, et d’autre part en publiant chaque mois un webzine thématique (que vous avez sous les yeux), dont les articles traiteront d’un sujet d’actualité, souvent en écho à une commémoration. Pour que vous puissiez découvrir son contenu et la philosophie éditoriale de Cases d’Histoire, les premiers numéros seront gratuits. Puis le webzine passera payant, indépendamment du flux quotidien, toujours disponible gratuitement.

Ce premier numéro se place sous les bons auspices de l’ONU, qui décréta voici 40 ans que l’année 1975 serait celle de la femme. Si l’on ajoute à cette décision représentative d’une époque la récurrente journée du 8 mars, il nous paraissait approprié de parler de la place et de l’image de la femme dans la bande dessinée historique. A vrai dire, ces anniversaires n’étaient que des prétextes tout trouvés pour réfléchir à la représentation dans le 9e art de cette moitié de l’humanité qui a longtemps été confinée à la seule fonction de maîtresse du foyer. Une place qui ne s’est développée que récemment, après un parcours que l’on peut aisément qualifier de combattant. Cette réflexion porte d’ailleurs autant sur les personnages que sur les auteures elles-mêmes. En ce sens, le retour d’expérience de Catel et Jeanne Puchol, deux dessinatrices qui naviguent souvent sur les flots de la BD historique, est très éclairant. On peut par exemple remarquer que le manque d’héroïnes de papier dans leurs lectures a pesé sur leur façon d’appréhender leur médium. Jusqu’à peu, les personnages principaux étaient en effet quasiment tous masculins. Pour rééquilibrer un tant soit peu la balance, Cases d’Histoire vous présente dix femmes qui ont marqué l’histoire de la bande dessinée. Bécassine, la doyenne des héroïnes avec ses 110 ans, est un peu à part, à la fois beaucoup et mal connue. Les clichés qui lui sont accolés méritaient d’être réévalués. Comme ceux liés à la gitane, personnage nimbé de préjugés s’il en est, qui fait de courantes apparitions dans la bande dessinée historique. En cinq cases commentées, sa représentation est passée au crible. Une façon de souligner que les auteurs de bande dessinée, par leur pouvoir graphique évocateur, ont une grande responsabilité dans la manière dont le lecteur reçoit et comprend le récit. Christophe Girard le démontre en produisant deux planches au style diamétralement opposé sur une héroïne (de la vie réelle cette fois !) de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, pour terminer ce tour d’horizon, Wilfrid Lupano nous présente les grandes lignes d’un triptyque d’albums sur les communardes qui verra le jour à la rentrée prochaine. Bravant les clichés véhiculés par une production longtemps quasi exclusivement masculine, les femmes sont plus et mieux représentées dans le monde du 9e art, et notamment sa partie historique. L’évolution de la société s’observe aussi dans ce genre de détail.

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