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« C’est par les femmes surtout que, jusqu’ici, la démocratie a été vaincue, et la démocratie ne triomphera que par elles », a dit André Léo, alias Victoire Léodile Béra, romancière et journaliste qui prit part à la Commune. Le scénariste Wilfrid Lupano (Ma révérence, Le singe d’Hartlepool, Les vieux fourneaux, Un océan d’amour,…) présente sa nouvelle série Communardes ! dont les deux premiers tomes paraîtront à l’automne prochain aux éditions Vent d’Ouest.


Depuis la Révolution française et durant les révolutions de 1830 et 1848, les revendications des femmes ont toujours été sacrifiées face aux avancées des droits des hommes. Olympe de Gouges qui signait La déclaration des droits de la femme est guillotinée en 1793. Le combat des femmes est ensuite marginalisé. La Commune de Paris constitue à cet égard le grand réveil des revendications féminines, à travers les renforts et le soutien que les communardes portent massivement pour la défense de la capitale et surtout par la création de la première organisation créée pour faire entendre leurs voix, « L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ». A la manière d’un syndicat, cette association féministe et libertaire revendique le droit au travail et l’égalité des salaires, réquisitionne les ateliers abandonnés dans la capitale par les patrons, en organisant leur autogestion. Anticléricales, ces révolutionnaires reconnaissent l’union libre et investissent les églises. Les femmes se battent aussi sur les barricades sous l’habit des fédérés comme Louise Michel ou Nathalie Lemel. Longtemps oubliées, les communardes jouent un rôle essentiel dans l’histoire de la lutte pour l’émancipation des femmes. C’est à cette histoire que Wilfrid Lupano rend hommage à travers cette nouvelle série Communardes !, une série d’albums indépendants qui retracent la chronologie des événements vécus dans chaque tome à travers un personnage principal féminin qu’on retrouve dans les autres albums en personnage secondaire.

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Cases d’Histoire : Pourquoi vous intéresser à la Commune de Paris ?

Wilfrid Lupano : J’ai toujours eu envie d’écrire sur la Commune de Paris, car c’est une période essentielle de notre histoire qu’on n’étudie pratiquement pas à l’école. Dans un contexte insurrectionnel aussi exceptionnel et dans un laps de temps très court, entre la proclamation de la Commune du 18 mars et la répression de la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871, se déroulent tant d’événements qu’il est difficile d’aborder tous les sujets en même temps et d’éviter l’écueil de la leçon d’Histoire. Je ne souhaite pas enseigner mais donner le goût de cette Histoire passionnante. Je me suis moi-même beaucoup documenté, aidé par l’association des Amis de la Commune, dont malheureusement le Petit dictionnaire des femmes de la Commune, Les oubliées de l’histoire a été publié quand j’avais déjà terminé le scénario. Cet ouvrage rejoint ma démarche. En focalisant sur les trajectoires féminines,  je guide le lecteur à travers d’autres regards, en donnant, je l’espère, l’envie de se renseigner par ailleurs.

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CdH : Quand Tardi, raconte le Cri du Peuple, vous choisissez des femmes.

WL : J’ai choisi les femmes parce que, précisément, la question de la place des femmes et leur émancipation est un des plus grands enjeux du progrès social et une question encore d’actualité. Or c’est véritablement au moment de la Commune de Paris que s’expriment et s’organisent les premières revendications féministes à travers le mouvement de « L’Union des femmes » et des personnalités comme Louise Michel, Nathalie Lemel ou Elisabeth Dmitrieff, pour les plus connues. Toutes ces trajectoires donnent à réfléchir. Mais encore une fois pour comprendre, il faut prendre en compte le contexte. Avant la proclamation de la Commune, il y a la Capitulation et le Siège de Paris qui préludent à l’insurrection. Le Siège commence à l’automne 1870 et dure tout l’hiver 1871, qui est aussi l’hiver le plus froid du siècle. Il faut imaginer la faim, les maladies, les 5000 morts par mois, le quotidien et le courage des Parisiens qui malgré tout survivent, se battent et s’organisent. Tous les animaux, les rats sont cuisinés. Tous les arbres sont abattus sauf le cèdre du jardin des plantes, où l’on mange les animaux du zoo, dont Castor et Pollux les deux éléphants. C’est le thème du premier tome dessiné par Lucy Mazel, Les éléphants rouges, le destin d’une petite fille qui cherche à défendre ses amis pachydermes. Les yeux d’une enfant donnent de l’importance à des détails plus anodins négligés par les sensibilité adultes.

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CdH : Dans le second album, L’aristocrate fantôme, vous vous attachez au personnage d’Elisabeth Dmitrieff plutôt que Nathalie Lemel pour décrire l’action de « L’Union des femmes ».

WL : Quand la réalité dépasse la fiction. Elisabeth Dmitrieff est un météore révolutionnaire, un personnage romanesque qui traverse l’insurrection pour se réfugier ensuite dans sa Russie natale. Amie et envoyée en informatrice par Karl Marx de Londres, cette aristocrate détonne dans le paysage. Jeune, cultivée et élégante, elle a 20 ans et porte deux revolvers à la ceinture. Sa beauté et son militantisme l’amènent à devenir la présidente du premier mouvement officiellement féministe d’Europe qu’elle a créé avec Nathalie Lemel. Ce personnage éclatant me permet de plonger au cœur des événements politiques et historiques tout en composant une fiction divertissante. Dmitrieff est une exception, elle éclaire toutefois le combat de toutes les communardes célèbres ou anonymes, auxquelles je rends davantage hommage dans le troisième album, dessiné par Xavier Fourmequin qui s’attachera plus spécifiquement à la répression et au massacre de la Semaine sanglante. Je l’ai intitulé, Nous ne dirons rien de leur femelle en référence à une phrase tirée du Figaro et signée par le fils d’Alexandre Dumas, qui donne la mesure de la violence et de la répression, « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect aux femmes auxquelles elles ressemblent -quand elles sont mortes. » Une campagne de propagande contre les communardes construit alors l’image de la pétroleuse, l’hystérique qui brûle et qui fait peur, ou comment le pouvoir réactionnaire réussit à se débarrasser efficacement des femmes en politique et pour longtemps.

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Les 5 premières planches du 1er tome :

Les 5 premières planches du 2e tome :

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