Chaque année, les commémorations du 8 mai 1945 rappellent à ceux qui auraient tendance à l’oublier toute la démesure et l’horreur du second conflit mondial. Comme le rappelle justement l’historien Pascal Ory, la Première Guerre mondiale est le symbole de la guerre absolue, déluge de fer et de sang, alors que le second conflit se place plus sur un plan moral, en représentant la victoire du bien sur le mal. Le IIIe Reich aura en effet plongé l’Europe dans le chaos en ajoutant au nationalisme une idéologie raciale et une dimension mystique conduisant aux pires folies.

La représentation de « l’épisode » nazi en bande dessinée est d’autant plus délicate que guette la fascination pour sa monstruosité. La croix gammée a ainsi une place de choix sur les couvertures des albums traitant de la Seconde Guerre mondiale, en faisant parfois passer le marketing avant l’intérêt artistique. C’est d’ailleurs en filigrane une des problématiques de la série Wotan, réalisée par Eric Liberge. De son côté, Christophe Girard propose en deux planches une contre-histoire du svastika, de son adoption par Hitler jusqu’à nos jours. Cette même croix gammée qui s’affiche en couverture du Hitler, de Shigeru Mizuki, une biographie étonnante du Führer, que nous avons utilisé pour la couverture du présent numéro. Le sujet de la Seconde Guerre mondiale et de la défaite du IIIe Reich inspire d’ailleurs les scénaristes, notamment dans le domaine de l’uchronie.

Alors oui, la bande dessinée se repaît parfois de la fascination pour le mal, comme les auteurs de Marvel l’ont fait en créant l’organisation criminelle Hydra. Mais n’oublions pas que ces fictions reposent sur une réalité, incarnée par exemple par la revue pro-nazie Le Téméraire, publiée entre 1943 et 1944 ; un magazine pour la jeunesse fort bien décrypté par Pascal Ory. N’oublions pas non plus que des millions de personnes innocentes ont été assassinées dans ce maelstrom de violence. Et la bande dessinée tient son rôle dans cet effort de mémoire, comme nous l’explique l’historienne Isabelle Delorme pour la Shoah. Dans un dossier très complet, Laurent Lessous propose en outre des pistes d’enseignement de l’Holocauste par la bande dessinée. Une façon de montrer que si l’éducation est la clef de tout, le 9e art peut être un vecteur pédagogique fort.

Tags:

Related Articles