CeltilcouvL’empereur Néron, star des péplums, a peu intéressé la bande dessinée avant le succès du Murena de Jean Dufaux et Philippe Delaby. Parmi les rares auteurs à avoir mis en scène cet empereur fou, on se rappelle moins Philippe Masson et son album Celtil, paru en 1986.

 

Celtil est un centurion gaulois qui profite d’une permission pour visiter Rome en compagnie de son esclave Glaucos. Au hasard des – mauvaises – rencontres, le centurion en vient à devenir gladiateur de l’empereur, découvre un complot visant à le destituer, et tente de le sauver.
On a là tous les ingrédients classiques du péplum : une première scène, dans une taverne, où des gardes du prétoire molestent une pauvre jeune femme, de belles matrones aux coiffures fantasques appréciant la semi-nudité de gladiateurs gaulois ou numides, de jeunes garçons partageant la couche de riches Romains, une scène d’orgie où une gladiatrice-amazone sort d’un gâteau pour combattre notre héros sous les cris enthousiastes de sénateurs en toge, et même l’apparition fugace de chrétiens prêts à prendre leur revanche sur Néron.

Le portrait de l’empereur est en revanche moins conventionnel. Certes, le Néron de Masson ressemble à s’y méprendre, du moins physiquement, à celui du fameux Quo Vadis de Mervyn LeRoy (1951) ; jusqu’à reprendre les traits de Peter Ustinov, l’acteur qui l’incarne à l’écran. Cela dit, le Néron que protège Celtil est un homme inoffensif, que son goût des arts pousse à haïr la violence et qui ne comprend pas le plaisir que peut éprouver sa cour à la vue du sang. Ici, le ridicule appelle à la compassion, et ce Néron en devient même attachant. Il est de fait moins dangereux que les comploteurs que compte sa cour, désignés comme les vrais ennemis de Rome. La scène finale parvient même à redorer l’image du personnage, courageux face à la mort et soucieux de ce qu’il laisse à la postérité.

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P.23 : le Néron de Celtil, presque timide, préfère s’éclipser pour ne pas voir les gladiateurs se battre à mort pour lui.

Si le public visé n’est clairement pas le même, Philippe Masson s’inscrit cependant dans la veine de Jacques Martin par son dessein très classique, mais aussi par une recherche de la véracité historique qui tourne parfois au didactique. Des cartes viennent expliquer au lecteur la situation de l’Empire en cette année trouble de 69 ap. J.-C., et les quelques vues de Rome, comme les restitutions d’entraînements et de combats de gladiateurs, témoignent d’un réel effort de documentation. Au fond, Celtil se présente comme un Alix pour adultes.

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P.11 : un entraînement de gladiateurs où sont utilisées des armes en bois. Le déséquilibre des équipements permet de souligner le courage du héros mais nuit à la vraisemblance de la scène.

L’album a sûrement souffert de son manque d’originalité, et n’a pas connu grand succès au moment de sa sortie. Ce qui était présenté comme le début d’une série promettant de rendre vie à cette « année des quatre empereurs » qu’est 69 ap. J.-C., très peu représentée dans la fiction, se résume en fait à ce volume unique sur la fin de Néron. Celtil peut aujourd’hui être relu comme un témoin daté d’un certain traitement de l’Histoire, entre influence du péplum et volonté de représenter l’Antiquité de manière réaliste et documentée, poussée jusqu’à inclure régulièrement dans le texte des citations tirées des grands auteurs anciens.

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P.6 : une vue du forum romain surplombé par le Capitole

 

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