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© Convard-Adam-Boisserie-Erbetta-Chaillet/Glénat

Dans l’imaginaire collectif, Rome surclasse tous ses adversaires et règne en maîtresse sur le bassin méditerranéen. Elle ne peut pas perdre. Même sa chute finale semble avoir été effacée, comme on le ferait avec une erreur. La Ville éternelle a pourtant maintes fois été menacée, en particulier lorsque l’offensive d’Hannibal en Italie battait son plein. Un épisode qui est mis en scène de manière réaliste dans Ad Astra, et fantasmée dans le second tome de la saga Roma.

La civilisation romaine couvre plus de 1300 ans d’histoire. Une réussite en tous points exceptionnelle. Mais si Rome a toujours été présentée comme surclassant ses adversaires – à l’exception notable de ses ennemis intérieurs – elle n’en est pas moins à plusieurs reprises passée à deux doigts de la défaite totale face aux troupes de l’envahisseur. C’est le cas lorsque les guerriers du chef gaulois Brennus la mettent à sac en 390 av. J.-C ; ou lorsque les Wisigoths d’Alaric Ier manquent de faire disparaître prématurément l’Empire romain en 410. Quelques décennies plus tard, en 476, c’est d’ailleurs en occupant Rome que le roi germain Odoacre met un terme définitif à l’Empire romain d’Occident. Ces événements ont été peu traités en bande dessinée. Il en est un autre, brutal car inattendu, qui a en revanche attiré l’attention des auteurs : l’offensive d’Hannibal Barca en Italie (218-216 av. J.-C.), durant la Deuxième Guerre punique (218-202 av. J.-C.). Le général carthaginois avait alors obtenu quatre victoires décisives sur les légions romaines (batailles du Tessin, de La Trébie, du lac Trasimène et de Cannes) et semblait en mesure de prendre Rome. Fidèle à sa stratégie de guerre de mouvements, et ne disposant ni de matériel de siège ni de ravitaillement suffisant, Hannibal avait néanmoins exclu cette hypothèse. Quinze ans plus tard, aux termes d’un conflit long et coûteux, c’est finalement Rome qui avait triomphé de sa rivale africaine. Carthage sera rayée de la carte en 146 av. J.-C., après la Troisième Guerre punique et un siège de quatre ans.

Ad Astra vs. Roma

Deux titres offrent des interprétations différentes de l’offensive audacieuse d’Hannibal à travers l’Italie : la série Ad Astra (de Mihachi Kagano, Ki-oon, sept tomes disponibles, en cours de publication) et le second tome de Roma (par Didier Convard, Éric Adam, Pierre Boisserie et Luca Erbetta, sur une idée originale de Gilles Chaillet, Glénat, deux tomes, à suivre). Le premier est un manga historique très documenté, mais laissant aussi une large place à la fiction pour plus de fluidité. Cette saga est intégralement consacrée à la guerre d’Hannibal qui aurait été, selon plusieurs sources, élevé dans la haine de Rome. Le mangaka Mihachi Kagano utilise cet élément pour expliquer le génie destructeur qui semblait habiter le général carthaginois durant son périple en Hispanie, sa traversée des Alpes, et son attaque-éclair en Italie. Il le confronte également à l’ambition d’un jeune officier romain : Scipion. Le deuxième tome de Roma, intitulé Vaincre ou mourir, est quant à lui très largement teinté d’ésotérisme. Le palladium menace la sécurité de Rome, après en avoir fait l’une des plus grandes puissances de la Méditerranée. Et Hannibal serait tout simplement la manifestation de la malédiction qui frappe cette statue légendaire, elle qui apporte aussi bien la gloire que le malheur à son propriétaire. Deux approches différentes, mais un point commun : fournir une explication, rationnelle ou non, à la fulgurante réussite d’Hannibal et à son refus tout aussi surprenant d’assiéger Rome.

Deux points de vue, une finalité

Dans Ad Astra (essentiellement tomes 2 à 4), Hannibal vole de victoire en victoire et menace directement Rome. Les habitants de la puissante cité ne se sentent d’ailleurs pas à l’abri derrière les murailles de la ville. Si le général carthaginois renonce à assiéger la Louve, il n’en sème pas moins le désordre, à la fois dans les campagnes – qui sont pillées – et au sein du sénat. Différentes stratégies s’opposent, pendant que les légions romaines subissent de nouvelles défaites. On sent une grande fébrilité, notamment lorsque les théories du dictateur Quintus Fabius Maximus et celles de l’ancien prêteur Caius Terentius Varron s’opposent.

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© Kagano/Ki-oon

Il ressort d’Ad Astra que les Romains ont échappé à la curée non en raison de leur génie militaire, mais parce qu’Hannibal n’avait tout bonnement pas les moyens de prendre la cité. Dans Roma, le palladium – qui sert de fil conducteur à l’ensemble de la saga – est vu comme la cause des malheurs de la Ville éternelle par Furius Leo, descendant de Leonidas, grand pontife et sénateur. Il va dès lors œuvrer en sous-main, promettant de remettre la statue à Hannibal si celui-ci renonce à saccager Rome. Alors que les troupes de Carthage se présentent sous les murs de la ville – ce qui n’a en réalité jamais été le cas puisque, après la bataille du lac Trasimène, l’armée d’Hannibal a filé tout droit vers le sud et la future victoire de Cannes – le palladium est utilisé par les Romains pour foudroyer l’ennemi. Une manière de réinterpréter cette curieuse décision d’Hannibal d’épargner Rome, qui fait certes appel au fantastique, mais qui n’en reste pas moins intéressante. Et de laisser ainsi filer la victoire totale.

 

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