blueberryV3A partir de Lucky Luke, et en passant par Blueberry et Buddy Longway, le western en bande dessinée va connaître une période faste. Tour d’horizon de cette âge d’or qui a vu naître des héros mythiques.

Si l’âge d’or du western hollywoodien se situe dans les années 1940 et 1950, celui du western en bande dessinée est plus tardif. On peut le faire débuter au milieu des années 1950, avec la montée en puissance de Lucky Luke et la naissance de Jerry Spring. Il s’achève un quart de siècle plus tard, la série Durango et la collection « Histoire du Far West » sonnant en quelque sorte le glas de cette grande époque. Entre temps sont apparues quelques séries au long cours, dont certaines sont devenues des classiques de la bande dessinée franco-belge. Voire des mythes. Par la suite, si le western n’a jamais totalement disparu des rayons BD – ne serait-ce que par la persistance de sagas comme celle du cow-boy solitaire -, il s’est fait plus discret ; jusqu’à réémerger brusquement dans les années 2010, sous l’impulsion d’une nouvelle génération d’auteurs, et sous des formes diverses. Le western serait-il en train de vivre un âge d’argent ? Il est encore trop tôt pour le dire.

Premier western à avoir profondément et durablement marqué la bande dessinée franco-belge, Lucky Luke a été créé par Morris en 1946, dans l’Almanach 1947 du Journal de Spirou. La première histoire s’intitule Arizona 1880, et met déjà en scène le cow-boy solitaire et son fidèle Jolly Jumper. Depuis, 70 albums de la série, ainsi que six tomes des Aventures de Lucky Luke, ont paru. Les séries dérivées Rantanplan et Kid Lucky ont également vu le jour. Achdé a succédé à Morris aux pinceaux, tandis que de nombreux scénaristes ont vainement tenté d’arriver à la cheville de René Goscinny après sa disparition, en 1977. Lucky Luke a inspiré des générations de dessinateurs, à commencer par Mathieu Bonhomme et Guillaume Bouzard, qui furent les premiers à publier leur vision du héros dans deux one-shot à la sauce « vu par… ».  D’un point de vue éditorial, la série est l’un des piliers des éditions Dargaud en terme de ventes et de produits dérivés. C’était déjà le cas lorsqu’elle faisait partie du catalogue Dupuis, avant que Morris ne claque la porte de Spirou, en 1968, pour rejoindre l’équipe de Pilote. Alors qu’il se retrouvait sans western humoristique, l’hebdomadaire belge avait alors lancé une autre célèbre saga qui n’est pas, au sens stricte du terme, un western, mais qui lui sera associée : Les Tuniques bleues.

Créée en 1954 par Jijé, Jerry Spring est, pour le Journal de Spirou, le pendant réaliste au western parodique que constitue Lucky Luke. C’est l’équivalent belge du Tex des éditions Bonnelli, en Italie, qui connaît alors un grand succès. Contrairement à son homologue transalpin, Jerry Spring ne deviendra toutefois jamais une légende, même si la saga reste l’une des plus importantes dans le domaine du western, avec 22 tomes parus entre 1955 et 1990. Sans doute Lucky aura-t-il fait trop d’ombre à Jerry. En revanche, il donnera des idées à Jean-Michel Charlier et Jean Giraud pour la création de Blueberry en 1963. Ce même Jean Giraud qui avait encré La Route de Coronado, onzième album de Jerry Spring, alors qu’il était l’assistant de Jijé. Avec Blueberry, le western en BD passe à la vitesse supérieure. Charlier est en pleine maîtrise de son art et la série voit éclore et se perfectionner l’un des plus grands dessinateurs de bande dessinée français du XXe siècle : Jean Giraud, qui n’est pas encore Moebius. Influencé à la fois par les cinémas américain et italien, Blueberry marque un apogée dans l’âge d’or du western en bande dessinée. Au total, plus d’une cinquantaine d’albums retracent le parcours du célèbre lieutenant, de sa jeunesse jusqu’à l’époque où on l’appelle Mister Blueberry.

Alors que Lucky Luke et Blueberry, publiés chez Pilote, règnent sur le western en bande dessinée, les Belges se réveillent. Par Belges, il faut comprendre les éditions du Lombard. Car, rappelons-le, Morris et Jean-Michel Charlier étaient eux-aussi originaires d’Outre-Quiévrain. Le scénariste Greg et le dessinateur Hermann lancent Comanche, en 1969, dans le Journal de Tintin. Réaliste et sombre, ce western en bande dessinée annonce que le genre est entré dans sa phase crépusculaire, même s’il est encore très marqué par les productions des trois Sergio (Corbucci, Leone, et Solima). Terminé les grands raids à la conquête de l’Ouest : il s’agit désormais de gérer et de régler les problèmes. La fin de l’indépendance, le début du salariat. Comanche a également la particularité d’avoir pour premier rôle une femme, même si le personnage – masculin – de Red Dust va également s’imposer. Entre 1972 et 2002, 15 tomes paraissent, les derniers dessinés par Michel Faure. Toujours au Lombard, et toujours dans le Journal de Tintin, le dessinateur suisse Derib lance Buddy Longway, en 1972. La série, qui raconte l’histoire d’un mountain man marié à une Amérindienne, offre un nouveau point de vue sur le western : celui des premiers occupants de la région. Nouveau succès pour cette saga en 20 tomes (de 1974 à 2006), qui est un hommage assumé à Jeremiah Johnson, film de Sydney Pollack avec Robert Redford dans le rôle-titre. La carrière de Derib, qui venait de lancer la série jeunesse Yakari, elle-aussi un grand succès du genre, connaît une brusque accélération.

Pendant ce temps, les éditions Dargaud publient Mac Coy, sur des scénarios de Jean-Pierre Gourmelen et des dessins d’Antonio Hernandez Palacios. L’histoire d’un ancien officier sudiste qui se cherche, alors que son pays est en mutation très rapide. Un western plan-plan, qui n’est pas resté dans les annales, mais qui compte tout de même 21 volumes. Sans oublier Jonathan Cartland, de Laurence Harlé et Michel Blanc-Dumont, qui est en quelque sorte la réponse de Dargaud au Buddy Longway du Lombard. Mais là encore, pourquoi lire la copie quand on peut avoir l’original ? La collection ne comptera que dix tomes. Symboliquement, c’est avec le lancement de Durango, en 1981, que l’on peut marquer la fin de l’âge d’or du western en bande dessinée. C’est très symbolique, car Durango est à la fois un hommage appuyé au western italien, mais également très imprégné de western crépusculaire. Une chose est sûre : il annonce la fin. Le titre d’Yves Swolfs, qui compte 17 tomes, à la particularité d’être la dernière série au long cours de ce genre à avoir vu le jour. Avec Lucky Luke et La Jeunesse de Blueberry, elles sont également les seules encore actives. Depuis, le western se décline sous forme de one-shot, diptyques et autres séries à cycles. C’est la fin des grandes épopées.

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