Author Archives Thierry Lemaire

Dès 1948, bien avant le western spaghetti, l’Italie s’intéresse aux histoires de cow-boys en mettant sur le marché une série publiée en petits volumes peu coûteux. As de la gâchette, intrépide, courageux, indépendant, Tex s’impose comme un classique du genre encore édité 70 ans après ses débuts. Pour parler du phénomène, nous avons interrogé Matteo Stefanelli, sociologue des médias (Univ. Cattolica de Milan) et critique qui anime activement, en Italie, le débat culturel sur la BD. Il a en outre codirigé la première histoire générale de la BD italienne (Fumetto!, chez Rizzoli en 2012), plusieurs textes historiques ou théoriques, et dirige le site Fumettologica.

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Le prochain épisode de Tex, dans les bacs le 14 juillet 2016.

Cases d’Histoire : Quand et comment est né Tex ?

Matteo Stefanelli : Le premier album est sorti le 30 septembre 1948. Il s’agissait d’un des deux projets – les deux proposés au dessinateur Galep (Aurelio Galleppini) – avec lesquels le scénariste Gianluigi Bonelli prévoyait de « faire des étincelles ». Le premier était un bimensuel grand format, très beau graphiquement et plus cher que les autres : une sorte d’épopée en costume à la Dumas, dont le personnage principal était une sorte de Robin des Bois avec masque et cape, Occhio Cupo [Oeil sombre]. Cette série ne dura que 12 numéros. Le succès viendra en revanche avec le projet considéré comme plus simple et commercial, conçu pour le format « strip » (32 pages) moins cher, situé dans l’Ouest désormais « classique » inspiré par le cinéma américain: Tex. Un détail, utile pour comprendre la mise en place du personnage, un maverick hors-la-loi, très direct et expéditif : durant le traitement, son nom passa de Tex Killer à Tex Willer.

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1948. Premières cases de la première aventure de Tex.

Comment résumer la série ?

Il s’agit d’un western d’aventure, qui repose surtout sur des voyages, des rencontres et des duels (de nombreux duels), parfois accompagnés d’enquêtes. Mais rapidement, la série a inclus également des ingrédients plus strictement issus du western : éléments fantastiques (Mefisto, l’ennemi juré de Tex est un sorcier), avec intrusion dans l’horreur et même la science-fiction. Le western « texien » est certes classique, mais pas exactement « pur », plutôt « poreux ».

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Les scénario « texiens » s’aventurent quelquefois dans des directions surprenantes qui mêlent western et littérature horrifique du début du XXe siècle comme cette histoire qui évoque, graphiquement, l’univers associé au docteur Fu Manchu.

Comment caractériser le personnage de Tex Willer ?

Très brièvement, Tex Willer est un ranger à la gâchette infaillible. Au début, le personnage oscille entre deux positions : celle d’une personne recherchée (c’est le cas dans le premier épisode, même si c’est en raison d’une erreur judiciaire), ou celle d’un représentant de la loi. Bien qu’il soit texan de naissance, il a combattu pour le Nord pendant la Guerre de sécession, et aux côtés de son ami Montales dans la lutte des républicains mexicains contre les troupes françaises. Dans les années 60 le passé de Tex se dévoile : jeune cow-boy il gérait un ranch avec sa famille, mais quand son père est tué par des bandits, il jure de se venger et part à l’aventure ; il devient ranger, mais très libre et sans encadrement officiel. Dans ses aventures il affronte des bandits, des propriétaires terriens sans scrupules, des politiciens corrompus, des militaires ambitieux, des indiens en révolte. En substance, Tex est le défenseur des faibles et des opprimés. C’est un homme droit, infaillible avec une arme, qui n’hésite jamais et conserve toujours son sang froid.

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Tex Killer qui deviendra Tex Willer, un as de la gâchette, roi des duels

Est-ce que l’influence du cinéma américain est aussi forte que pour les débuts de Lucky Luke en France ?

Tout à fait. Les modèles et influences de GL Bonelli provenaient de trois fronts : d’une part, les westerns (John Ford, Howard Hawks, Delmer Daves, John Sturges…), d’autre part les romans d’aventure de Jack London, et enfin les romans policiers de Mickey Spillane (avec des allusions directes à ses personnages). Pour le visage de Tex Willer, GL Bonelli pensait à Gary Cooper ; mais Galep le dessina quasiment comme un autoportrait. Claudio Villa, qui lui succède pour réaliser les couvertures de la série, s’inspire pour sa part de John Wayne. Parmi les autres sources américaines il y a certainement beaucoup de films avec John Wayne et Tom Mix, ainsi qu’une bande dessinée italienne (mais profondément influencée par l’imaginaire et le style américains) comme Dick Fulmine.

Est-ce que Tex développe une vision progressiste ou humaniste des minorités de la conquête de l’Ouest ?

En gros, oui. Bien qu’au début Indiens, noirs (ou Chinois) sont représentés de manière caricaturale, Tex a toujours été fortement antiraciste et ami des Indiens. D’ailleurs, après une relation initiale orageuse, il tombe amoureux d’une Indienne navajo qu’il épouse, et qui l’aide à connaitre et à apprécier la culture des « Peaux-Rouges ». Pour les Navajos, il devient même une référence, surnommé Aigle de la nuit, sage chef blanc et frère de chaque homme rouge.

Quelle est l’importance du contexte et de la réalité historique dans la série ?

La réalité historique a une importance secondaire. On le voit dans la grande hybridation entre les genres narratifs, et l’existence d’éléments fantastiques (magie, surnaturel, et même science-fiction) dans l’aventure « texienne ». L’Histoire américaine est souvent présente de manière romancée, avec des épisodes qui contiennent d’importantes figures historiques (de Geronimo à Buffalo Bill), sans toutefois trop insister sur les données factuelles et en laissant suffisamment d’espace pour les incohérences. Le principal élément réaliste concerne les ambiances et le scénario global. Les aventures de Tex se déroulent dans des régions bien définies de l’Ouest américain : le Texas, le Nouveau Mexique et surtout l’Arizona, représentés avec un certain soin de la part des dessinateurs pour la documentation (photographique ou cinématographique), en particulier pour la région de Monument Valley. La période historique est relativement délimitée : il s’agit de l’époque de la Guerre de Sécession. Même si elle semble encore en cours dans les premiers épisodes, elle disparait dans les épisodes suivants. La série traverse toute l’Histoire de l’Ouest américain, de la Ruée vers l’or jusqu’à la Guerre civile, des premiers pionniers à l’extermination des Amérindiens, jusqu’à l’urbanisation générale des États-Unis.

En mariant Tex avec une Indienne navajo, les auteurs de la série vont dans le sens de l’Histoire. Dès les années 60, les peuples amérindiens retrouvent une personnalité qui leur avait été niée depuis les débuts de la colonisation.

Est-ce que l’humour a sa place dans la série ?

De façon générale, la série se situe à l’opposé d’un récit humoristique : Tex Willer est un personnage « d’un seul bloc », qui prend très au sérieux ses propres actions, et manque d’autodérision. Le registre narratif est donc celui du réalisme. Dans les échanges entre les héros et leurs adversaires, ou à l’intérieur du groupe d’amis et de compagnons de Tex, les blagues sont présentes, mais sous la forme d’une ironie substantiellement fanfaronne, de vrais hommes « durs ». Cependant, l’ami le plus proche de Tex, Kit Carson, est un personnage qui fait souvent usage de sarcasme et d’ironie, parfois même contre Tex. Carson n’est pas un personnage de comédie mais peut avoir une part comique dans certains épisodes.

Quelle est l’importance de Tex dans le lancement des éditions Bonelli et dans le paysage actuel des fumetti ?

Il s’agit, tout simplement, de la série qui a permis à une petite société familiale de devenir la plus grande maison d’édition de bande dessinée en Italie. En 2016, la série mensuelle (la série ‘nouveauté’, différente des collections qui rééditent, en noir et blanc ou en couleurs, les mêmes épisodes) est encore la BD la plus vendue en Italie, avec environ 180.000 exemplaires chaque mois. Son importance symbolique est la même que celle des « icones nationales » francophones comme Spirou, Tintin, Astérix. Tex est toujours cité dans les médias ou par le grand public comme représentant par antonomase du western, de la BD elle-même, ou également pour indiquer un héros « droit » (ou un tough guy). L’ancrage dans le western a préservé et en même temps pénalisé Tex, qui d’un côté est considéré comme série « amiral » du marché (le prix par planche, pour un dessinateur, est le plus élevé toute production confondue de séries BD en Italie, et parmi le plus élevé au monde), mais de l’autre subit un processus de vieillissement du lectorat, de moins en moins intéressé par le western « canonique ». En plus, Tex, comme tout produit Bonelli, n’a jamais bénéficié d’une politique de licensing et d’adaptation, dont l’éditeur Sergio Bonelli (un rare éditeur « pur » de bande dessinée en Italie) a été un fervent adversaire jusqu’à son décès en 2011.

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Le site de l’éditeur historique de Tex avec les dernières publications de la série, toujours en cours.

 Quelle est l’importance du western dans la bande dessinée italienne ?

Parmi les principaux marchés du 9e art, l’Italie est peut-être celui pour lequel le western a le plus de poids, grâce à sa réutilisation dans le cinéma et dans la bande dessinée. Dans ce dernier domaine, en Italie, le western s’est surtout développé dans l’après-Seconde Guerre mondiale. L’élan est venu de la diffusion de la culture américaine à la Libération, guidée essentiellement par les alliés (derrière les américains) anti-nazis et anti-fascistes. La propagande a contribué à faire de l’imaginaire américain – en premier lieu le cinéma et la bande dessinée – le nouveau centre de gravité de l’industrie culturelle italienne. Précédé par Kit Carson de Rino Albertarelli (apparu dans Le journal de Mickey en 1937), le succès de Tex sera suivi par Piccolo Sceriffo (1948), Pecos Bill (1949), Capitan Miki (1951), Il Grande Blek (1954) [Blek le Roc], Il Piccolo Ranger (1958). La veine plus optimiste a même viré vers l’humour dans les années 50 (Pedrito el Drito, 1951 ; Cocco Bill, 1957) mais s’est réduite avec l’arrivée des films de Sergio Leone (par exemple avec le ton presque documentaire de La Storia del West, 1967) jusqu’à atteindre des hauteurs poétiques avec le western humaniste de Ken Parker (1974) et en venir à mélanger histoire et fantastique dans Magico Vento (1997) [Esprit du Vent].

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Matteo Stefanelli.

Toutes les images : (c) Editions Sergio Bonelli

Juin 28, 2016

CMcouvPourtant personnage la plupart du temps très secondaire, la figure du croque-mort fait les beaux jours des aventures de Lucky Luke depuis le début de la série. Avec un degré de sympathie inversement proportionnel à son importante fonction sociale. Tout récemment, ce personnage est revenu sur le devant de la scène avec deux séries où le héros a pour profession d’enterrer les morts. Stern et Undertaker renouvèlent ainsi la vision du croque-mort et redonnent du lustre à une profession mal aimée. (suite…)

Juin 28, 2016

Christophe Girard est auteur de bande dessinée (Contre histoire de l’art, Matisse Manga, Metropolis, Ismahane, Le Linceul du vieux monde). Pour Cases d’Histoire, il propose de visiter graphiquement et à sa façon la thématique du webzine. Pour ce numéro, il plonge dans ses souvenirs d’enfance,  la fascination pour les cow-boys et le statut particulier du Colt. (suite…)

Juin 28, 2016

LL08Bien que l’intention des auteurs de Lucky Luke soit à mille lieues de réaliser des manuels d’Histoire, les albums de la série regorgent de faits et de personnages réels. Initié par Morris puis Goscinny (un habitué du genre), et pris à leur compte par les scénaristes postérieurs, le procédé donne une profondeur supplémentaire à une série qui jusque là se bornait au terrain de l’aventure. Doit-on pour autant considérer toutes les allusions présentes dans Lucky Luke comme historiquement exactes ? Pas si sûr. Panorama. (suite…)

Mai 27, 2016

Julie Gallego est maître de Conférences en langue et linguistiques latines, au Département des Lettres classiques et modernes. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir organisé fin 2011 un colloque sur la bande dessinée historique, dans le cadre de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (dont Cases d’Histoire vous avait récemment présenté les actes). Trois journées de conférences qui portaient exclusivement sur des albums ayant pour cadre l’Antiquité. Une preuve de plus que recherche scientifique et 9e art peuvent faire bon ménage. Une bonne raison pour parler avec Julie Gallego des liens entre bande dessinée et Rome antique.

Cases d’Histoire : Comment est venue l’idée d’organiser le colloque ?

Julie Gallego : Avant toute chose, j’ai appris à lire avec la bande dessinée. J’en ai toujours lu. Mais une fois étudiante, je ne savais pas que je pouvais travailler dessus. J’ai fait des études sur une matière qui me plaisait, la linguistique latine, tout en continuant mes lectures, notamment avec Alix. A l’IUFM, quand on nous a demandé pourquoi on voulait faire prof de latin, je me suis démarquée des autres en répondant que j’avais rencontré un beau blond quand j’étais en primaire et que j’avais voulu connaître un peu mieux où il vivait, donc je me suis dit que ce serait bien de faire du latin. C’était pour Alix évidemment. Je suis passionnée par la série de Jacques Martin. Au lycée, je suis allée à Angoulême pour essayer de le rencontrer. Je n’osais même pas l’aborder pour lui parler. J’avais 16 ans et je restais dans mon coin en le regardant dédicacer. Et c’est grâce à Gilles Chaillet, qui est venue me voir à ce moment-là, que j’ai pu discuter avec Jacques Martin. Mais pour moi, je n’imaginais pas que ça puisse être autre chose qu’un hobby.

Et puis deux ans après mon arrivée à la Fac en 2004, j’ai pu mettre en place une option sur la bande dessinée, qui existe toujours aujourd’hui. Le cours n’est pas obligatoire mais en option dès la première année, et pas une spécialisation en Master comme il en existe quelques-unes aujourd’hui. On peut considérer que la connaissance générale de la bande dessinée fait partie du B.A.-BA d’un étudiant de Lettres. Au départ, j’avais prévu de parler de la bande dessinée historique sur Rome. Mais rapidement, j’ai revu mes ambitions à la baisse car je me suis rendu compte que les étudiants n’y connaissaient rien en BD. J’ai compris qu’il fallait faire un premier semestre généralisant pour leur faire découvrir ce qu’est la bande dessinée, avant de passer à Rome. Ensuite, j’ai eu l’envie d’organiser un colloque avec Jacques Martin. Mais je savais qu’il vieillissait et que c’était compliqué. Entre temps j’ai découvert la série Murena, que j’ai adoré tout de suite, et que j’ai intégré dans l’option. Dès 2007, j’ai essayé de contacter Philippe Delaby et Jean Dufaux. Ça a été un peu long, mais l’idée d’un colloque sur la bande dessinée et l’Antiquité, autour de Murena, a vu le jour.

Pau02Et comment ça s’est passé avec l’Université ?

Finalement, c’est passé assez naturellement. J’avais fait le gros du travail avec la mise en place de l’option BD. A l’époque, ça avait beaucoup étonné les collègues, et les étudiants. Mais j’ai montré aux uns comme aux autres, qu’on pouvait travailler à partir de la bande dessinée. Alors c’était compliqué aussi par rapport à la bibliothèque universitaire. Il n’y avait pas une seule BD. Au début, on m’a dit que c’était hors de question d’en acheter, que c’était le rôle des bibliothèques municipales. Pendant les deux premières années, je prêtais mes bandes dessinées et j’en achetais d’occasion. Et puis le responsable des achats à la BU a changé et son remplaçant, passionné de BD, s’est débrouiller pour en acheter. Avant, il y avait juste quelques études sur la BD, mais pas d’albums. Aujourd’hui, je suis très contente car la BD est devenue ordinaire à la Fac de Pau. A tel point que les BD sont maintenant dans le hall d’entrée, dans un coin aménagé avec des fauteuils, avec de vrais casiers, des collections complètes. Tout le monde a compris que ça pouvait avoir sa place à l’université.

Mais ce que je voulais faire avec ce colloque, ce n’était pas un colloque universitaire habituel. Déjà, je voulais ouvrir aux enseignants du secondaire ou du primaire. Malheureusement, je n’en ai pas eu beaucoup parce qu’ils n’ont pas osé venir. J’ai eu aussi des archéologues, des scénaristes. C’était très intéressant d’avoir ce mélange. Et puis j’aime trop la BD pour que ça soit que ça. Je ne voulais pas que ce soit un Salon avec chasse aux dédicaces, mais je voulais que ça soit festif, avec la participation des auteurs. Il y a donc eu une exposition organisée avec mes archives personnelles à la BU et une autre de planches originales de Philippe Delaby à la librairie Bachibouzouk de Pau, un défilé de mode romaine en collaboration avec le lycée professionnel de Saint Jean de Luz et les élèves du CAP couture, commenté par mes soins à partir des albums de Murena, la projection d’un péplum parodique Les week-ends de Néron, un repas romain concocté par le restaurant universitaire, un débat avec Dufaux et Delaby au Salon du Livre de Pau qui avait lieu le même week-end, un Prix BD des étudiants et forcément des séances de dédicaces sur le Salon.

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Jean Dufaux (à gauche) et le regretté Philippe Delaby (à droite).

Et en ce qui concerne le colloque en lui-même, trouver des contributeurs a été simple ?

J’ai placé l’appel à contribution dans les canaux classiques mais aussi en direction d’associations de professeurs d’histoire géographie du secondaire par exemple. Et nous avons eu énormément de réponses. On a eu l’embarras du choix. Plus quelques invités d’honneur comme Claude Aziza, qui a traduit Murena en latin, et Jean-Claude Golvin. Le colloque a été plus long que prévu au départ, surtout que je ne voulais pas de sessions parallèles.

Alors pour aborder la bande dessinée en elle-même, on se rend compte en lisant les actes du colloque de la très grande variété de genre à l’intérieur de la BD sur l’Antiquité romaine.

Tout à fait, entre Astérix, Alix et Murena, les différences sont grandes. Et on peut citer également Le Casque d’Agris, album dans lequel est inséré un cahier pédagogique montrant leurs sources, avec des photos de ce qui a pu les inspirer. On a une variété très forte, et c’est pour cette raison que je voulais commencer avec l’Antiquité, qui propose cette variété et qui est la période que je maitrise le mieux. C’est vrai que c’est la fiction historique qui est la plus représentée dans le colloque, mais on aborde aussi la comédie et même les récits érotiques !

Depuis Alix, est-ce que vous voyez des tendances dans le traitement de l’Antiquité romaine en bande dessinée ?

C’est-à-dire que pendant bien longtemps, l’Antiquité se résumait à Alix. Jacques Martin a créé une œuvre qui a marqué les lecteurs, et certains sont devenus dessinateurs et scénaristes. Parmi ces derniers, certains ont essayé de s’en démarquer. Ce qui me semble intéressant dans les dernières productions, c’est qu’il y a la volonté de mettre un peu plus de sexe et de violence pour représenter l’Antiquité. Même dans Alix Senator, qui se veut tout public. Il n’y a pas de sexe comme dans Murena, mais d’avantage d’allusions sexuelles que dans Alix. Il y a moins de violence que dans Murena encore une fois, mais dès le début, Agrippa est étripé par un aigle. Si on prend Murena, la série n’a pas l’ambition d’être utilisée au collège. Mais nous sommes nombreux à l’utiliser quand même, en ne prenant que des extraits qui ne poseront pas de problèmes. En lycée, ça pose quand même moins de problèmes.

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Défilé de mode antique pendant le colloque de Pau.

Chez les auteurs, Rome appelle plus au réalisme que la Grèce, plus portée vers les mythes. Est-ce que c’est dû simplement aux sources que nous avons ?

Pour moi, c’est l’influence d’Homère. L’Iliade et L’Odyssée sont des textes tellement marquants pour le côté grec, et ce sont des textes qui mettent en scène des dieux. La mythologie est plus profondément associée à la Grèce. Et Rome, on l’associe beaucoup plus à César, donc à l’histoire militaire et politique. Ça évolue un peu. Il y a par exemple des BD sur Sparte, donc plus sur l’histoire de la Grèce. Il y a aussi des démarches originales, comme Un millier de navires, d’Eric Shanower, avec la volonté de se servir des textes d’Homère en enlevant le côté mythologique. Mais c’est un cas particulier. D’ailleurs, je le vois bien avec mes étudiants, ce qui les intéresse pour la Grèce, ce sont les mythes. Et puis les Romains forment un peuple plus terre à terre. Bien sûr, ils ont repris les mythes grecs, mais leur rapport à la religion n’était pas le même.

En terme de documentation, est-ce que c’est simple pour un dessinateur de se lancer aujourd’hui dans un récit qui a pour cadre l’Antiquité romaine ?

Jacques Martin utilisait des livres du XIXe siècle. Forcément, avec Internet, les auteurs actuels travaillent de manière différente. Il suffit d’utiliser Google maps pour se repérer sur le forum de Rome. On a aussi des reconstitutions en 3D, on peut placer des intrigues dans des petites ruelles. On cherche une amphore particulière, et bien on va trouver une base de données avec la représentation de toutes les amphores possibles et imaginables. Et puis il y a aussi l’influence de certaines séries télévisées, je pense à la série Rome, qui a marqué un changement par rapport aux péplums hollywoodiens. La base documentaire est énorme, mais ce n’est pour autant qu’on fait une BD formidable. Dans Murena, on voit le changement par rapport à Jacques Martin où le travail de documentation n’était pas montré, il y a le glossaire avec des notes autour de quelques mots clefs, les sources, et donc la volonté de montrer que le fond de la fiction est très sérieux. Philippe Delaby était d’ailleurs capable de passer des semaines à régler par exemple un problème de représentation de chaussures.

La BD sur l’Antiquité romaine se limite-t-elle toujours aux mêmes périodes et aux mêmes personnages, ou bien est-ce qu’il y a une évolution ?

Effectivement, César est le personnage qui revient constamment. Mais quand Jean Dufaux s’est intéressé à Néron, il y avait peu de choses en bande dessinée sur cet empereur, à cause de son côté sulfureux. Gilles Chaillet a travaillé sur le IVe siècle ap. JC dans La Dernière prophétie. Il y a quand même une volonté de trouver d’autres personnages. Alors, pour César, on a peut-être fait un peu le tour.

Pau04Pensez-vous que la bande dessinée apporte quelque chose au métier d’historien, à la recherche historique ?

Il y a un côté négatif. Malgré tout ce que les universitaires pourront écrire sur César, deux Français sur trois ne peuvent voir César que comme le personnage d’Astérix. Ça nous remet à notre place de chercheurs. La concurrence est déloyale en terme de diffusion. Même s’il y a des erreurs dans une BD, le lecteur se projette d’avantage dans une fiction que dans un livre technique abrupte. Si ce sont des BD dans lesquelles il n’y a que des bêtises, c’est dommage. Après, le côté positif, c’est que, quand j’étais enfant, j’imaginais une Rome très vivante grâce à la BD. Je voyais des bâtiments entiers. La BD peut servir de passeur pour donner vie.

Et la BD peut parfois modifier la vision du grand public sur tel ou tel personnage. Je pense particulièrement à Néron dans Murena.

C’était la volonté de Jean Dufaux de montrer un Néron plus proche de celui que présente un grand nombre de chercheurs maintenant. Ils estiment que la vision que l’on a de Néron a été biaisée. On l’a présenté pendant des siècles comme un monstre, un antéchrist, en lui attribuant tout un tas de crimes. Alors, il y en a un certain nombre qui sont vrais. C’est sûr qu’il a fait tuer sa mère. Dans l’imaginaire collectif, on y voit la caractéristique d’un fils monstrueux qui va tuer sa mère, alors que ce sont des questions de politique. Il incarne le pouvoir, elle ne reste pas à sa place et est capable de susciter une rébellion, donc il doit s’en débarrasser. Sur Britannicus, des spécialistes estiment qu’il n’aurait pas été empoisonné. On parle de crises d’épilepsie, crises qui sont montrées dans Murena. Jean Dufaux présente différentes hypothèses, sans trancher, pour montrer au lecteur que ce n’est pas aussi simple. Pareil pour Néron. Le Néron incendiaire de Rome, qui a fait tuer des milliers de chrétiens, on en a une autre vision qui est moins caricaturale.

Quel est votre avis sur les dossiers scientifiques qui fleurissent à la fin des albums ?

Ça peut être intéressant, notamment pour les enseignants. Lorsque le professeur veut utiliser ça en classe, ça lui simplifie la tâche. Peut-être que le grand public ne va pas lire jusqu’au bout. Je ne sais pas, en tant qu’enfant, si j’aurais lu l’intégralité du dossier ou pas. En tout cas, ça permet aux auteurs d’expliquer leur démarche. Si le lecteur veut rester dans la fiction, il a le choix. Autant que ça soit dans un dossier à la fin de l’album plutôt que dans un volume à part. Ça serait intéressant d’établir ce genre de dossier sur Alix, pour voir les sources de Jacques Martin.

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Les actes du colloque de Pau, publiés en début d’année 2015.

Pour en revenir au colloque, quelles ont été les retombées ?

Depuis la sortie des actes du colloque, j’ai été extrêmement sollicitée et ce qui me fait plaisir, c’est que c’est autant sur le côté BD que sur le côté universitaire. Ce qui est très bien par ailleurs, puisqu’au début je me suis battue pour faire entrer la bande dessinée à l’université. J’ai aussi été contactée pour des formations en direction des professeurs du secondaire, des choses qui ne se seraient pas déroulées comme ça il y a quelques années. J’ai aussi des étudiants qui commencent à faire des mémoires sur la BD.

En guise de conclusion, quelles sont les dates du prochain colloque, sur le Moyen Âge cette fois ?

Alors, dans l’idée, le prochain porterait sur le Moyen Âge, mais il est possible que l’on en refasse un autre sur l’Antiquité. Il y a eu tellement de publication depuis le premier colloque. On n’a pas encore fixé de dates. Jusqu’en janvier, j’étais dans la publication des actes. Ce sera peut-être plutôt sur l’Antiquité parce que des collègues de Lyon ont fait une journée d’étude sur BD et Moyen Âge, à laquelle j’ai participé en parlant de Jhen de Jacques Martin, à partir de laquelle ils vont sortir un petit volume. Et puis mon domaine de compétence c’est l’Antiquité, donc c’est plus facile pour moi de relire les articles. Comme on n’avait pas fait le tour de tout, il y a un petit peu de frustration à combler. Mais pas avant au moins deux ans, le temps que tout se mette en place.

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La preuve par l’image, Julie Gallego et Jacques Martin échangeant autour d’une table, il y a de cela quelques années.

 

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Avr 01, 2016

Agrégée de Lettres classiques, ancienne professeur de latin et de grec en Lettres supérieures,  traductrice de l’Iliade et de l’Odyssée, de l’Énéide, des Métamorphoses et des Fables d’Ésope pour la collection des Classiques (Pocket Jeunesse), co-auteur des manuels de latin collège chez Magnard, Annie Collognat était la bonne personne pour traduire Astérix en latin. Elle revient avec nous sur cette expérience, les difficultés qui s’y sont attachées et le plaisir qu’elle a eu de transmettre cette langue ancienne (et non pas morte !) par le 9e art.

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Le tome 1 de Murena traduit en latin par Claude Aziza et Cathy Rousset.

Avez-vous une idée du nombre de BD en latin sur la période romaine que l’on peut lire ?

Les éditions allemandes Ehapa Verlag Gmbh ont publié tous les Astérix scénarisés par Goscinny. J’ai moi-même traduit Le ciel lui tombe sur la tête aux éditions Albert René. Il y a également un tome de Murena aux éditions Dargaud, et apparemment un deuxième est en cours de traduction. En ce qui concerne Alix, il n’y a également qu’un seul album traduit, c’est Le fils de Spartacus, chez Casterman, mais ça commence à dater puisqu’il a été publié en 1983.

Les albums d’Astérix par Goscinny ont été traduits par un éditeur allemand. Est-ce qu’il y a des différences de traduction entre les pays ?

Ça se sent dans le choix du vocabulaire et dans les structures de phrase. Après, il y a aussi la volonté d’une fidélité absolue au texte, comme c’est plutôt le cas de la part des Allemands, alors que pour ma part, j’ai adapté Goscinny avec plus de libertés, en ajoutant par exemple dans le texte des locutions latines.

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En ce qui concerne la traduction d’Astérix, on imagine qu’il y a des pièges, des difficultés, propres à l’usage du latin. Pour les noms par exemple, comment avez-vous fait ?

Déjà, et c’est valable pour toutes les langues, on ne touche pas à Astérix et Obélix. Pour les autres, il faut s’arranger que ça fasse sens comique dans la langue cible. Il fallait donc que je trouve des jeux de mots qui auraient pu être ressentis comme tels par des Romains antiques et par mes contemporains. Et en plus, il y a la contrainte de la longueur du mot à conserver. C’était un gros travail, mais je me suis beaucoup amusée. (voir la liste des noms en fin d’article) Celui qui m’a procuré le plus de plaisir, c’est Assurancetourix. Comme des générations de latinistes, j’ai appris le début de l’Enéide par cœur. Et au fond, le barde est comme Virgile, il chante les exploits des héros. J’ai donc pris le début de l’Enéide « Arma virumque cano », et j’ai appelé le personnage Armavirumquecanix. Dans l’album il y a ce gag ou Assurancetourix chante « Si j’avais un marteau », j’ai donc repris cette première phrase de l’Enéide en changeant virum (le héros) par malleum (le marteau). Du côté allemand, je crois qu’ils appellent Assurancetourix du nom de Cantorix, le chanteur, et Abraracourcix : Majestix. C’est plus descriptif, il n’y a pas de petits clins d’œil.

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latin04J’ai fait aussi beaucoup de recherches dans les textes de pièces de théâtre latines. Avec toujours dans l’esprit les professeurs qui voudraient utiliser l’album. Pour transcrire le langage extraterrestre des Tadsylwiniens par exemple, j’ai été chercher dans une pièce de Plaute qui s’appelle Le Petit Carthaginois (qui imagine le voyage d’un Carthaginois à Rome, et qui ne comprends pas le latin), où il a recréé un dialecte carthaginois, dont les spécialistes ne savent pas, d’ailleurs, puisqu’on a seulement quelques inscriptions sur des stèles, si c’est une invention ou une transcription. C’est très drôle, parce qu’il le fait parler comme dans Le Bourgeois gentilhomme. Il y a un Romain qui sert de traducteur.

Dans Le ciel lui tombe sur la tête, il y a aussi l’enjeu de la modernité, les ordinateurs, etc .

J’ai consulté le Lexicon Vaticanis, le dictionnaire du Vatican, puisque la langue officielle de la Cité est le latin. Pour l’ordinateur, il suffit de revenir à la racine latine computatorium, qui renvoie à computare, « compter », qui a d’ailleurs donné computer en anglais. Pour les trois W de World Wide Web, c’est un collègue qui avait trouvé la traduction world/le monde/terra, wide/la totalité/totius et web/la toile/tela. Et donc ça donne trois T au lieu de trois W. Les « shérifs de la police qui veillent sur la sécurité » (p. 10) sont des armigeri (« qui portent des armes ») inter aediles qui secura tenere omnia debent.

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Comment faire passer l’humour, les jeux de mots ?

En ne restant pas trop collée au texte. Pour les fameuses bagarres des villageois à coup de poissons par exemple. La femme du poissonnier demande à son mari d’arrêter d’abimer la marchandise. J’ai repris la phrase de Cicéron « Quousque tandem, Catilina, abutere patientia nostra? » (Jusqu’à quand vas-tu abuser de notre patience, Catilina ?), une phrase très connue tirée des Catilinaires, en remplaçant « abuser de notre patience » par « abuser de la marchandise ». Le clin d’œil est là pour la personne qui connaît.

J’ai même utilisé des auteurs postérieurs à l’époque romaine, comme Ignace de Loyola qui m’a fourni le poids de ses formules martiales pour transposer sur un mode comique l’obéissance réglementaire des légionnaires romains (p. 37) : Ad majorem Romae gloriam !, « Pour la plus grande gloire de Rome ! » et Perinde ac cadaver, « Tout juste comme un cadavre ».

Avez-vous rencontré d’autres difficultés ?

Il y avait aussi la contrainte des bulles et donc de la longueur des dialogues. Ma chance, c’est que le latin est beaucoup plus synthétique que le français. Ce qui m’a permis d’introduire des choses qui n’y étaient pas. Sinon, je n’avais pas la place. Il a fallu que je veille à cet équilibre des volumes.

Après, il fallait trouver un ton. Il s’agissait d’adapter le registre de langue au genre qu’est la bande dessinée, dont un équivalent pourrait être trouvé avec le théâtre comique latin (Plaute et Térence). Il fallait donc garder le ton de la conversation, tout en distinguant les façons de s’exprimer (familière, recherchée, accents étrangers, etc.).

Pour la page de présentations des personnages, je devais faire comprendre le nom que j’avais trouvé. Pour Armavirumquecanix, je cite Virgile pour que les gens comprennent le jeu de mot. Sur la carte de la Gaule accompagnée de la formule intangible : « Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… », j’ai fait apparaître un célèbre incipit de La Guerre des Gaules de César que des générations de latinistes ont épluché : Gallia est omnis divisa in partes tres.

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Quels sont vos projets ?

Cet exercice de traduction m’a tellement plu que j’ai très envie de le refaire. Mais pas forcément sur Astérix. Ce qui m’intéresse, c’est tout ce que je peux faire autour en terme de pédagogie, pour faire connaître cette civilisation. Je ne dis pas qu’il y a rien d’intéressant sur la civilisation romaine dans Astérix, mais on se heurte vite au fait que c’est beaucoup fondé sur l’anachronisme. Ce n’est pas la même chose sur Alix par exemple.

Quels arguments mettriez-vous en avant pour défendre un usage bien attaqué en ce moment, celui du latin ? Et précisément dans la bande dessinée.

Aux professeurs qui me posent cette question sur le latin dans les formations que je peux animer, je leur réponds que c’est un héritage. Quoi qu’on en dise, c’est une civilisation dont nous sommes issus. Nous en sommes les héritiers. Autant apprendre à la connaître. Alors, en ce qui concerne la bande dessinée, je pense que pour certains albums, c’est un éclairage intéressant. Et puis c’est bien de donner aux jeunes collègues et aux élèves un autre support. La BD c’est comme le cinéma.

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Annie Collognat a fondé l’association PALLAS (Paris, Arts, Littératures et Langues AncienneS) qui vise à promouvoir tous les héritages des cultures antiques. (http://assopallas.jimdo.com)

La liste des noms de la série Astérix, traduits en latin par Annie Collognat :

Astérix Asterix, igis (asteriscus, i, m. : petite étoile, astérisque). Petit certes, mais né sous une bonne étoile.
Obélix Obelix, igis (obeliscus, i, m. : obélisque). Ses menhirs sont aussi impressionnants qu’un obélisque.
Idéfix Notabenix Il suit toujours les ordres de son maître, ce qui lui donne des idées bien arrêtées. N. B. Cave canem ! car, à en croire le poète : A cane non magno saepe tenetur aper ! («Souvent le sanglier est arrêté par le petit chien», Ovide, Remèdes à l’amour, vers 422).
Panoramix Omnipotentix, igis (omnipotens, potentis : toutpuissant). Sa potion est la clé de la toute-puissance.
Assurancetourix Armavirumquecanix Arma virumque cano»). On raconte que Virgile lui aurait emprunté le premier vers de son Énéide.
Abraracourcix Manumilitarix (manu militari). Il dirige son village avec une main de fer très militaire.
Bonemine Bisrepetita, ae (bis repetita placent) surnom : Pepita. Pour l’épouse du chef, se répéter permet d’avoir toujours le dernier mot.
Cétautomatix Mutatismutandix, igis (mutatis mutandis). En bon forgeron, il sait que c’est en changeant les pièces qui doivent être changées que l’on fait progresser la technique.
Ordralfabétix Modusvivendix, igis (modus vivendi). Trouver un mode de vie paisible avec ce poissonnier toujours susceptible sur sa marchandise n’est pas facile.
Agecanonix Senexvelsenix, igis (senex, senis, m. : vieux, vieillard ; vel : ou bien) surnom : Velseseninix. En bon vieillard de comédie, il a toujours son mot à dire… ou bien ?… À force de radoter, il prétendra bien un jour avoir le droit de rouler en Scénic.
Avantipopulus Antepaenultimus, i (antepaenultimus, a, um : antepénultième). Ce centurion qui dans ses rêves de gloire se voit bien en princeps (premier) n’est toujours qu’un humble avant-avant-dernier, relégué au fin fond d’une garnison de province.
Toune Decemnasutus, i (decem : dix ; nasutus, a, um : qui a un grand nez, qui a du flair, spirituel). Le nom de cet étrange alienus (un alien tombé du ciel !) est un rébus… à vous de trouver en lisant l’hommage de l’auteur à la fin de l’album. Venu de la planète Decemnasutia, ce charmant «petit violet» (violaculus) porte le diminutif de Pullus (pullus, i, m. : petit animal, poulet, d’où le sens affectueux de «mon poulet»). Le plus grand sage de la planète Decemnasutia s’appelle Gugga’st (p. 20) : ce mot est un néologisme créé par le poète latin Plaute dans l’une de ses comédies, Poenulus («Le Petit Carthaginois»), jouée à Rome vers 195 av. J.-C. Il désignerait un oiseau de couleur pourpre en carthaginois.
Nagma Manganum, i (manganum, i, n. : machine de guerre à balancier, du type de la catapulte ou du trébuchet, dit «mangonneau» au Moyen Âge). Ces créatures sont de redoutables machines de guerre catapultées sur terre pour des raisons fort peu honnêtes. Leur planète, Gammata (gammatus, a, um : qui a la forme d’un gamma, gammé), porte la marque sinistre d’une inquiétante «étoile noire». Leur grand sage s’appelle Migdilix (p. 21) : dans le Poenulus de Plaute, le mot désigne un fourbe, doté d’une langue fourchue.
Goeldera Muribucco, onis (mus, muris, m. : souris, rat ; bucca, ae, f. : bouche) Ces robots (organa) à gueule de rat sont aussi grotesques que le personnage de la grosse farce latine appelé Bucco («grande gueule», «bouffon») pour sa goinfrerie.

 

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Avr 01, 2016

Christophe Girard est auteur de bande dessinée (Contre histoire de l’art, Matisse Manga, Metropolis, Ismahane, Le Linceul du vieux monde). Pour Cases d’Histoire, il propose de visiter graphiquement et à sa façon la thématique du webzine. Pour ce numéro, il donne sa vision de La Guerre des Gaules, et les conséquences de la défaite gauloise sur la bande dessinée. (suite…)

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Sep 30, 2015

Avec le personnage du correspondant de guerre Ernie Pike, Hugo Pratt inaugure ses héros ambigus, un peu à l’écart des événements. Il faudra attendre des années pour que le reporter embedded retrouve une certaine popularité dans la bande dessinée. (suite…)

Sep 30, 2015

Dominique Petitfaux est historien de la bande dessinée et plus particulièrement spécialiste de Hugo Pratt, au sujet duquel il a écrit deux livres d’entretiens, De l’autre côté de Corto (Casterman) et Le Désir d’être inutile (Robert Laffont). Nous revenons avec lui sur l’importance de l’Histoire dans l’œuvre du Maestro.
(suite…)

Sep 30, 2015
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