éditorial

lucky01Comme tous les genres qui semblent définis, le western paraît figé dans des codes, pris dans un ensemble d’invariants indépassables. Mais comme tous les autres genres, l’horreur, le policier, la science-fiction, la catastrophe, les auteurs l’adaptent à leur culture et à leur époque. Si dans le cinéma, il n’y a que l’Italie à avoir repris avec succès le western, au point d’avoir inventé un « sous-genre », le western spaghetti, la réutilisation de cet univers par le monde de la bande dessinée est beaucoup plus protéiforme. La France et l’Italie ont dès l’après-guerre repris les codes inventés par le cinéma d’Hollywood. En France, Lucky Luke est presque seul et prend toute la place. C’est la vedette notre dossier. En Italie, c’est Tex qui tient le haut de l’affiche. Matteo Stefanelli, qui dirige le site Fumettologica, revient sur la naissance de ce héros et son évolution. A partir de 1947 et jusqu’aux années 70, le western en BD va connaitre un âge d’or, de grandes séries arrivent, de grands auteurs se révèlent. D’abord destiné aux adolescents, ce genre se tourne vers un lectorat plus adulte et plus apte à saisir les enjeux sociaux mis en avant par les auteurs européens. Ces derniers utilisent à leur profit cette culture typiquement américaine pour évoquer d’autres problématiques comme l’intégration des populations qui ont émigré vers les États-Unis ou des métiers peu présents dans la littérature européenne comme celle du croque-mort et qui connaissent un grand succès dans le roman de l’Ouest.

Cette mythologie, car c’en est une, a des racines historiques identifiées dans l’Histoire américaine. Elles ont contribué à forger ce que Séverine Gauthier appelle le caractère américain. Ces rappels historiques complètent les analyses de Philippe Peter et Thierry Lemaire qui définissent ce qu’est le western et comment Morris et Goscinny ont puisé dans l’Histoire pour construire les aventures de Lucky Luke. Pauline Ducret s’est penchée sur le western fantastique sous-genre qui fait florès et rencontre un public fidèle. Vous retrouverez aussi nos deux rubriques habituelles. La carte blanche à Christophe Girard qui voit passer de mains en mains un vieux colt Peacemaker trouvé dans son enfance et le dossier pédagogique de Laurent Lessous qui propose un exercice pour sensibiliser les élèves à la presse et au journalisme en utilisant l’album de Lucky Luke, Le Daily Star.

Un numéro  de Cases d’histoire plein de cow-boys, d’indiens, de croque-morts, de grands espaces, de villes fantômes, de verres de whisky et de despérados qui devraient vous faire voir la légende de l’Ouest en bande dessinée sous un autre jour.

Bonne lecture !

Juin 30, 2016