Non classé

Lune t.2 p.25 (extrait)Le far west, comme son nom l’indique, renvoie l’image d’un horizon lointain et inconnu, à l’ouest d’un monde qui serait, par opposition, « civilisé ». Dans cet Ouest étrange et étranger, tout peut arriver… y compris des choses qui dépassent l’entendement.

(suite…)

Juil 11, 2016
durangocover

© Swolfs/Les Archers

Le cinéma a directement influencé la création de westerns en bande dessinée, en particulier en Europe. Si certaines filiations sont flagrantes, d’autres récits sont allés plus loin dans la réappropriation des codes du genre. Toujours est-il que les liens sont évidents et, la plupart du temps, parfaitement assumés. (suite…)

Mai 31, 2016

LL08Bien que l’intention des auteurs de Lucky Luke soit à mille lieues de réaliser des manuels d’Histoire, les albums de la série regorgent de faits et de personnages réels. Initié par Morris puis Goscinny (un habitué du genre), et pris à leur compte par les scénaristes postérieurs, le procédé donne une profondeur supplémentaire à une série qui jusque là se bornait au terrain de l’aventure. Doit-on pour autant considérer toutes les allusions présentes dans Lucky Luke comme historiquement exactes ? Pas si sûr. Panorama. (suite…)

Mai 27, 2016

Julie Gallego est maître de Conférences en langue et linguistiques latines, au Département des Lettres classiques et modernes. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir organisé fin 2011 un colloque sur la bande dessinée historique, dans le cadre de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (dont Cases d’Histoire vous avait récemment présenté les actes). Trois journées de conférences qui portaient exclusivement sur des albums ayant pour cadre l’Antiquité. Une preuve de plus que recherche scientifique et 9e art peuvent faire bon ménage. Une bonne raison pour parler avec Julie Gallego des liens entre bande dessinée et Rome antique.

Cases d’Histoire : Comment est venue l’idée d’organiser le colloque ?

Julie Gallego : Avant toute chose, j’ai appris à lire avec la bande dessinée. J’en ai toujours lu. Mais une fois étudiante, je ne savais pas que je pouvais travailler dessus. J’ai fait des études sur une matière qui me plaisait, la linguistique latine, tout en continuant mes lectures, notamment avec Alix. A l’IUFM, quand on nous a demandé pourquoi on voulait faire prof de latin, je me suis démarquée des autres en répondant que j’avais rencontré un beau blond quand j’étais en primaire et que j’avais voulu connaître un peu mieux où il vivait, donc je me suis dit que ce serait bien de faire du latin. C’était pour Alix évidemment. Je suis passionnée par la série de Jacques Martin. Au lycée, je suis allée à Angoulême pour essayer de le rencontrer. Je n’osais même pas l’aborder pour lui parler. J’avais 16 ans et je restais dans mon coin en le regardant dédicacer. Et c’est grâce à Gilles Chaillet, qui est venue me voir à ce moment-là, que j’ai pu discuter avec Jacques Martin. Mais pour moi, je n’imaginais pas que ça puisse être autre chose qu’un hobby.

Et puis deux ans après mon arrivée à la Fac en 2004, j’ai pu mettre en place une option sur la bande dessinée, qui existe toujours aujourd’hui. Le cours n’est pas obligatoire mais en option dès la première année, et pas une spécialisation en Master comme il en existe quelques-unes aujourd’hui. On peut considérer que la connaissance générale de la bande dessinée fait partie du B.A.-BA d’un étudiant de Lettres. Au départ, j’avais prévu de parler de la bande dessinée historique sur Rome. Mais rapidement, j’ai revu mes ambitions à la baisse car je me suis rendu compte que les étudiants n’y connaissaient rien en BD. J’ai compris qu’il fallait faire un premier semestre généralisant pour leur faire découvrir ce qu’est la bande dessinée, avant de passer à Rome. Ensuite, j’ai eu l’envie d’organiser un colloque avec Jacques Martin. Mais je savais qu’il vieillissait et que c’était compliqué. Entre temps j’ai découvert la série Murena, que j’ai adoré tout de suite, et que j’ai intégré dans l’option. Dès 2007, j’ai essayé de contacter Philippe Delaby et Jean Dufaux. Ça a été un peu long, mais l’idée d’un colloque sur la bande dessinée et l’Antiquité, autour de Murena, a vu le jour.

Pau02Et comment ça s’est passé avec l’Université ?

Finalement, c’est passé assez naturellement. J’avais fait le gros du travail avec la mise en place de l’option BD. A l’époque, ça avait beaucoup étonné les collègues, et les étudiants. Mais j’ai montré aux uns comme aux autres, qu’on pouvait travailler à partir de la bande dessinée. Alors c’était compliqué aussi par rapport à la bibliothèque universitaire. Il n’y avait pas une seule BD. Au début, on m’a dit que c’était hors de question d’en acheter, que c’était le rôle des bibliothèques municipales. Pendant les deux premières années, je prêtais mes bandes dessinées et j’en achetais d’occasion. Et puis le responsable des achats à la BU a changé et son remplaçant, passionné de BD, s’est débrouiller pour en acheter. Avant, il y avait juste quelques études sur la BD, mais pas d’albums. Aujourd’hui, je suis très contente car la BD est devenue ordinaire à la Fac de Pau. A tel point que les BD sont maintenant dans le hall d’entrée, dans un coin aménagé avec des fauteuils, avec de vrais casiers, des collections complètes. Tout le monde a compris que ça pouvait avoir sa place à l’université.

Mais ce que je voulais faire avec ce colloque, ce n’était pas un colloque universitaire habituel. Déjà, je voulais ouvrir aux enseignants du secondaire ou du primaire. Malheureusement, je n’en ai pas eu beaucoup parce qu’ils n’ont pas osé venir. J’ai eu aussi des archéologues, des scénaristes. C’était très intéressant d’avoir ce mélange. Et puis j’aime trop la BD pour que ça soit que ça. Je ne voulais pas que ce soit un Salon avec chasse aux dédicaces, mais je voulais que ça soit festif, avec la participation des auteurs. Il y a donc eu une exposition organisée avec mes archives personnelles à la BU et une autre de planches originales de Philippe Delaby à la librairie Bachibouzouk de Pau, un défilé de mode romaine en collaboration avec le lycée professionnel de Saint Jean de Luz et les élèves du CAP couture, commenté par mes soins à partir des albums de Murena, la projection d’un péplum parodique Les week-ends de Néron, un repas romain concocté par le restaurant universitaire, un débat avec Dufaux et Delaby au Salon du Livre de Pau qui avait lieu le même week-end, un Prix BD des étudiants et forcément des séances de dédicaces sur le Salon.

Pau03
Jean Dufaux (à gauche) et le regretté Philippe Delaby (à droite).

Et en ce qui concerne le colloque en lui-même, trouver des contributeurs a été simple ?

J’ai placé l’appel à contribution dans les canaux classiques mais aussi en direction d’associations de professeurs d’histoire géographie du secondaire par exemple. Et nous avons eu énormément de réponses. On a eu l’embarras du choix. Plus quelques invités d’honneur comme Claude Aziza, qui a traduit Murena en latin, et Jean-Claude Golvin. Le colloque a été plus long que prévu au départ, surtout que je ne voulais pas de sessions parallèles.

Alors pour aborder la bande dessinée en elle-même, on se rend compte en lisant les actes du colloque de la très grande variété de genre à l’intérieur de la BD sur l’Antiquité romaine.

Tout à fait, entre Astérix, Alix et Murena, les différences sont grandes. Et on peut citer également Le Casque d’Agris, album dans lequel est inséré un cahier pédagogique montrant leurs sources, avec des photos de ce qui a pu les inspirer. On a une variété très forte, et c’est pour cette raison que je voulais commencer avec l’Antiquité, qui propose cette variété et qui est la période que je maitrise le mieux. C’est vrai que c’est la fiction historique qui est la plus représentée dans le colloque, mais on aborde aussi la comédie et même les récits érotiques !

Depuis Alix, est-ce que vous voyez des tendances dans le traitement de l’Antiquité romaine en bande dessinée ?

C’est-à-dire que pendant bien longtemps, l’Antiquité se résumait à Alix. Jacques Martin a créé une œuvre qui a marqué les lecteurs, et certains sont devenus dessinateurs et scénaristes. Parmi ces derniers, certains ont essayé de s’en démarquer. Ce qui me semble intéressant dans les dernières productions, c’est qu’il y a la volonté de mettre un peu plus de sexe et de violence pour représenter l’Antiquité. Même dans Alix Senator, qui se veut tout public. Il n’y a pas de sexe comme dans Murena, mais d’avantage d’allusions sexuelles que dans Alix. Il y a moins de violence que dans Murena encore une fois, mais dès le début, Agrippa est étripé par un aigle. Si on prend Murena, la série n’a pas l’ambition d’être utilisée au collège. Mais nous sommes nombreux à l’utiliser quand même, en ne prenant que des extraits qui ne poseront pas de problèmes. En lycée, ça pose quand même moins de problèmes.

Pau01
Défilé de mode antique pendant le colloque de Pau.

Chez les auteurs, Rome appelle plus au réalisme que la Grèce, plus portée vers les mythes. Est-ce que c’est dû simplement aux sources que nous avons ?

Pour moi, c’est l’influence d’Homère. L’Iliade et L’Odyssée sont des textes tellement marquants pour le côté grec, et ce sont des textes qui mettent en scène des dieux. La mythologie est plus profondément associée à la Grèce. Et Rome, on l’associe beaucoup plus à César, donc à l’histoire militaire et politique. Ça évolue un peu. Il y a par exemple des BD sur Sparte, donc plus sur l’histoire de la Grèce. Il y a aussi des démarches originales, comme Un millier de navires, d’Eric Shanower, avec la volonté de se servir des textes d’Homère en enlevant le côté mythologique. Mais c’est un cas particulier. D’ailleurs, je le vois bien avec mes étudiants, ce qui les intéresse pour la Grèce, ce sont les mythes. Et puis les Romains forment un peuple plus terre à terre. Bien sûr, ils ont repris les mythes grecs, mais leur rapport à la religion n’était pas le même.

En terme de documentation, est-ce que c’est simple pour un dessinateur de se lancer aujourd’hui dans un récit qui a pour cadre l’Antiquité romaine ?

Jacques Martin utilisait des livres du XIXe siècle. Forcément, avec Internet, les auteurs actuels travaillent de manière différente. Il suffit d’utiliser Google maps pour se repérer sur le forum de Rome. On a aussi des reconstitutions en 3D, on peut placer des intrigues dans des petites ruelles. On cherche une amphore particulière, et bien on va trouver une base de données avec la représentation de toutes les amphores possibles et imaginables. Et puis il y a aussi l’influence de certaines séries télévisées, je pense à la série Rome, qui a marqué un changement par rapport aux péplums hollywoodiens. La base documentaire est énorme, mais ce n’est pour autant qu’on fait une BD formidable. Dans Murena, on voit le changement par rapport à Jacques Martin où le travail de documentation n’était pas montré, il y a le glossaire avec des notes autour de quelques mots clefs, les sources, et donc la volonté de montrer que le fond de la fiction est très sérieux. Philippe Delaby était d’ailleurs capable de passer des semaines à régler par exemple un problème de représentation de chaussures.

La BD sur l’Antiquité romaine se limite-t-elle toujours aux mêmes périodes et aux mêmes personnages, ou bien est-ce qu’il y a une évolution ?

Effectivement, César est le personnage qui revient constamment. Mais quand Jean Dufaux s’est intéressé à Néron, il y avait peu de choses en bande dessinée sur cet empereur, à cause de son côté sulfureux. Gilles Chaillet a travaillé sur le IVe siècle ap. JC dans La Dernière prophétie. Il y a quand même une volonté de trouver d’autres personnages. Alors, pour César, on a peut-être fait un peu le tour.

Pau04Pensez-vous que la bande dessinée apporte quelque chose au métier d’historien, à la recherche historique ?

Il y a un côté négatif. Malgré tout ce que les universitaires pourront écrire sur César, deux Français sur trois ne peuvent voir César que comme le personnage d’Astérix. Ça nous remet à notre place de chercheurs. La concurrence est déloyale en terme de diffusion. Même s’il y a des erreurs dans une BD, le lecteur se projette d’avantage dans une fiction que dans un livre technique abrupte. Si ce sont des BD dans lesquelles il n’y a que des bêtises, c’est dommage. Après, le côté positif, c’est que, quand j’étais enfant, j’imaginais une Rome très vivante grâce à la BD. Je voyais des bâtiments entiers. La BD peut servir de passeur pour donner vie.

Et la BD peut parfois modifier la vision du grand public sur tel ou tel personnage. Je pense particulièrement à Néron dans Murena.

C’était la volonté de Jean Dufaux de montrer un Néron plus proche de celui que présente un grand nombre de chercheurs maintenant. Ils estiment que la vision que l’on a de Néron a été biaisée. On l’a présenté pendant des siècles comme un monstre, un antéchrist, en lui attribuant tout un tas de crimes. Alors, il y en a un certain nombre qui sont vrais. C’est sûr qu’il a fait tuer sa mère. Dans l’imaginaire collectif, on y voit la caractéristique d’un fils monstrueux qui va tuer sa mère, alors que ce sont des questions de politique. Il incarne le pouvoir, elle ne reste pas à sa place et est capable de susciter une rébellion, donc il doit s’en débarrasser. Sur Britannicus, des spécialistes estiment qu’il n’aurait pas été empoisonné. On parle de crises d’épilepsie, crises qui sont montrées dans Murena. Jean Dufaux présente différentes hypothèses, sans trancher, pour montrer au lecteur que ce n’est pas aussi simple. Pareil pour Néron. Le Néron incendiaire de Rome, qui a fait tuer des milliers de chrétiens, on en a une autre vision qui est moins caricaturale.

Quel est votre avis sur les dossiers scientifiques qui fleurissent à la fin des albums ?

Ça peut être intéressant, notamment pour les enseignants. Lorsque le professeur veut utiliser ça en classe, ça lui simplifie la tâche. Peut-être que le grand public ne va pas lire jusqu’au bout. Je ne sais pas, en tant qu’enfant, si j’aurais lu l’intégralité du dossier ou pas. En tout cas, ça permet aux auteurs d’expliquer leur démarche. Si le lecteur veut rester dans la fiction, il a le choix. Autant que ça soit dans un dossier à la fin de l’album plutôt que dans un volume à part. Ça serait intéressant d’établir ce genre de dossier sur Alix, pour voir les sources de Jacques Martin.

Colloque Pau couv
Les actes du colloque de Pau, publiés en début d’année 2015.

Pour en revenir au colloque, quelles ont été les retombées ?

Depuis la sortie des actes du colloque, j’ai été extrêmement sollicitée et ce qui me fait plaisir, c’est que c’est autant sur le côté BD que sur le côté universitaire. Ce qui est très bien par ailleurs, puisqu’au début je me suis battue pour faire entrer la bande dessinée à l’université. J’ai aussi été contactée pour des formations en direction des professeurs du secondaire, des choses qui ne se seraient pas déroulées comme ça il y a quelques années. J’ai aussi des étudiants qui commencent à faire des mémoires sur la BD.

En guise de conclusion, quelles sont les dates du prochain colloque, sur le Moyen Âge cette fois ?

Alors, dans l’idée, le prochain porterait sur le Moyen Âge, mais il est possible que l’on en refasse un autre sur l’Antiquité. Il y a eu tellement de publication depuis le premier colloque. On n’a pas encore fixé de dates. Jusqu’en janvier, j’étais dans la publication des actes. Ce sera peut-être plutôt sur l’Antiquité parce que des collègues de Lyon ont fait une journée d’étude sur BD et Moyen Âge, à laquelle j’ai participé en parlant de Jhen de Jacques Martin, à partir de laquelle ils vont sortir un petit volume. Et puis mon domaine de compétence c’est l’Antiquité, donc c’est plus facile pour moi de relire les articles. Comme on n’avait pas fait le tour de tout, il y a un petit peu de frustration à combler. Mais pas avant au moins deux ans, le temps que tout se mette en place.

Pau05
La preuve par l’image, Julie Gallego et Jacques Martin échangeant autour d’une table, il y a de cela quelques années.

 

sommaire

Avr 01, 2016

De la légende de la fondation de la cité sur la Palatin à la fin de l’Empire romain d’Occident en 476, l’histoire de Rome est plusieurs fois inscrite au programme d’histoire des classes du secondaire. Les élèves de sixième s’intéresseront ainsi à Romulus, à la romanisation des provinces et aux conquêtes jusqu’à la fin de la république. En classe de seconde, on demande aux lycéens de s’interroger sur l’invention de la citoyenneté dans le monde antique. Après avoir étudié le « métier » de citoyen à Athènes au temps de Périclès, c’est être citoyen au temps de l’empire qui doit leur poser question. En effet, les historiens ont mis en évidence que la pérennité de l’empire tient pour beaucoup à l’octroi de la citoyenneté romaine aux peuples conquis, ce qui constitue un cas unique dans l’Antiquité, voire dans l’histoire.

 

  • En classe de sixième, des pistes pour étudier : « Des origines à la fin de la République : fondation, organisation politique, conquête » en bande dessinée

 

En fin d’année de sixième les élèves abordent l’histoire de Rome, de ses débuts à la fin de la république. Nous avons dégagé trois axes d’études qui peuvent être abordés par l’intermédiaire de bandes dessinées :

  • Du mythe à l’histoire : l’Énéide et la légende de Romulus et Remus
  • L’enchaînement des conquêtes qui aboutit à la formation d’un vaste empire à partir de l’exemple de la conquête de la Gaule par César
  • Les débuts de la romanisation

Nous vous proposons deux exemples d’études de bandes dessinées, dans leur entier, menées en classe de sixième.

Tout d’abord, pour traiter le thème de l’enchainement des conquêtes, un travail sur la bataille d’Alésia à partir de la bande dessinée Les Voyages d’Alix, Alésia.

Pedago01Objet d’étude : Wyllow, P. Davoz, J. Martin, Alésia, les voyages d’Alix, Casterman, 2014

Classe : 6e

Programme traité : Le siège d’Alésia dans le chapitre consacré à Rome, l’enchaînement des conquêtes à travers l’exemple de la conquête de la Gaule par César.

Objectifs de l’étude : Raconter le siège d’Alésia

Présentation de l’étude :

Le siège d’Alésia en 6e se prête particulièrement bien à l’étude d’une bande dessinée sur le sujet. Le recours à l’image permet d’incarner les principaux protagonistes et visualiser l’organisation du siège et les raisons de la victoire romaine.

De plus la collection Les voyages d’Alix très bien documentée, fait référence à la source principale du siège d’Alésia à savoir Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César. Aussi le travail sur la BD, en lien avec celui sur une source historique de première main, permet d’aborder très simplement la manière dont on construit l’histoire.

Questionnaire :

Situer dans l’espace et le temps :

  1. A quelle date et où la bataille d’Alésia a-t-elle eu lieu ?
  2. Quelle est la situation de la Gaule à cette date. Aide-toi de la carte conquête de la Gaule (page 86, manuel histoire-géographie 6e, Belin, 2009)
  3. Présente brièvement les deux personnages principaux, Vercingétorix et César, en relevant dans la BD toutes les informations concernant leur carrière, leur statut …

Le déroulement du siège :

  1. Présente le site d’Alésia (page 10)
  2. Quelle est la stratégie de Vercingétorix à Alésia ? (pages 4, 5, 9 et 13)
  3. Quelle est la stratégie de César ? (Page 14)

La fin du siège :

  1. Qui remporte la bataille ? Pour quelles raisons ? (pages 30 et 33 puis page 32)
  2. Qu’arrive-t-il à Vercingétorix et aux Arvernes ? (pages 47-48)

Conclusion :

  1. Compare cette histoire à celle racontée par César dans La Guerre des gaules (extraits du manuel histoire géographie 6e, Belin, 2009, documents 3 et 4 p 86-87). Que constates-tu ?

 

La deuxième fiche pédagogique que nous vous soumettons concerne la romanisation. Elle propose un questionnaire sur la bande dessinée Trafic d’armes à Argentomagus.

Pedago02

Objet d’étude : Bande dessinée Trafic d’armes à Argentomagus, Textes et dessins : Claude Turier, Synopsis : Gérald Culon, Couleurs : Roland Bury, Lettrage : Dom, publiée par la Région Centre et ARCHEA (association en Région Centre pour l’Histoire et l’Archéologie), 2004

Classe : 6e

Programme traité : La romanisation dans le cadre du chapitre : L’Empire, la ville et la romanisation

Préalable : Les élèves auront préalablement étudié en classe la ville de Rome, l’Urbs, capitale de l’Empire et ses principaux monuments.

Objectifs de l’étude :

  • Comprendre la romanisation à travers l’exemple d’une ville gallo-romaine c’est-à-dire une ville fondée sur le modèle de Rome, dans laquelle les habitants adoptent le mode de vie, la langue et la religion romaine sans faire disparaître la diversité religieuse et culturelle.
  • Être capable de décrire une ville gallo-romaine

Présentation de l’étude :

Etudier la romanisation en 6e à partir de la BD Trafic d’armes à Argentomagus a plusieurs intérêts. C’est d’abord l’occasion de comprendre une notion complexe, la romanisation, à partir d’un exemple très concret, une ville gallo-romaine : Argentomagus, aujourd’hui située à Saint-Marcel, près d’Argenton-sur-Creuse dans l’Indre.

Mais surtout, c’est un moyen pour les élèves de s’approprier plus facilement les connaissances grâce au biais de la fiction très adaptée à de jeunes élèves (11-12 ans) : l’histoire est inventée mais se passe dans un contexte historique très juste et bien reconstitué.

Les élèves liront la BD en entier (ce travail peut se faire en lien avec d’autres matières, le français et l’art plastique par exemple). L’étude peut se compléter par un travail sur le site internet d’Argentomagus et une visite du musée sur la commune de saint-Marcel dans l’Indre.

Questionnaire :

Situer dans l’espace et le temps :

  1. A l’aide de la carte au tout début de la BD, situe Argentomagus dans l’espace : A quelle partie de l’Empire romain appartient-elle ? Quelle région ? Sur une route qui relie quelles grandes villes ?

Réponse attendue : Argentomagus se situe en Gaule romaine dans la province romaine d’Aquitaine sur la route reliant Burdigala (Bordeaux) à Lutetia (Paris).

  1. A l’aide de la page 3, situe l’histoire dans le temps : A quelle date se déroule cette histoire ? Sous quel empereur romain ? A l’aide de tes connaissances, précise depuis quel siècle ce territoire est romain.

L’histoire se déroule en 270 sous le règne de l’empereur Aurélien. Cette partie de la Gaule est romaine depuis le Ier siècle avant JC.

La ville gallo-romaine d’Argentomagus au IIIe siècle

  1. Compare Argentomagus à Rome : relève dans la BD les édifices et les lieux que ces deux villes ont en commun.
  • Pont : planche 14
  • La maison de Quintus Sergius Macrinus : planches 14 et 15
  • Les thermes : planche 20
  • La fontaine monumentale : planche 30
  • Les temples : planches 36, 42 et 43
  • Le théâtre : planches 13 et 44

Vivre à Argentomagus au IIIe siècle

  1. Vignette 3 planche 3, vignette 4 planche 43 : Quels dieux sont honorés à Argentomagus? Présente-les brièvement

Hélios-Sérapis : dieu du soleil, divinité syncrétique greco-égyptienne de l’époque hellénistique et Mercure, dieu romain du commerce et messager des dieux

  1. Planche 6 vignette 1, planche 9 vignette 7, planche 10 vignette 2, planche 12 vignettes 4 et 5 : Quelle langue est utilisée à l’écrit, sur quels supports et avec quel outil ?

La langue écrite est le latin. On utilise les tablettes de cire et le stylet pour écrire. On grave également sur de la pierre. On voit aussi des rouleaux qui peuvent être du parchemin( planche 9)

  1. Planche 5 vignette 2, planche 14 vignette 2 : Comment s’appellent l’ancien et le nouveau directeur de la fabrique d’armes à Argentomagus? Que nous apprennent ces noms sur le statut de ces personnages ? A l’aide de tes connaissances indique depuis quand les hommes libres de l’Empire sont citoyens romains ?

Ancien directeur : Caius Aemilius Rufus ; nouveau directeur : Quintus Sergius Macrinus

Ce sont des citoyens romains. L’usage des trois noms le démontre : le praenomen (prénom), le nomen (nom de famille) et le cognomen (le surnom).

En 212, l’empereur Caracalla décide d’accorder la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire.

  1. Planche 11 : Décris le rite funéraire de Caius Aemilius Rufus.

Le corps est emmené dans un cortège à un bûcher où il est brûlé. Ses cendres sont ensuite déposées dans une urne enterrée au pied d’une stèle gravée au nom du défunt ; Ce rite funéraire est typiquement romain.

  1. Relève des objets du quotidien
  • Amphores (ex : planche 3 vignette 5)
  • Pichets, biberon en verre (planches 14-15)
  • Strigile (planche 20)
  • Lampe à huile (planche 23)
  • Torque (planche 34)

Ces objets témoignent de l’influence romaine dans le quotidien des habitants d’Argentomagus et du maintien d’objets typiquement gaulois (torque)

  1. Relève les moyens de transport utilisés par les personnages :
  • Char tiré par deux chevaux (bige) planche 5
  • Litière fermée tirée par des chevaux (planche 13)

Moyens de transport utilisés à Rome et diffusés dans l’Empire

Conclusion :

A partir des différents éléments observés décris la ville gallo-romaine d’Argentomagus et montre que c’est une ville romanisée.

 

  • Citoyenneté et empire à Rome (Ier- IIIe siècle) par la bande dessinée en classe de seconde

 

En classe de seconde, traiter du deuxième thème du programme ; l’invention de la citoyenneté dans le monde antique, est obligatoire. Après le « métier » de citoyen à Athènes les élèves sont confrontés à la vision universaliste et intégratrice de la citoyenneté dans un vaste empire de plus de 3 millions de Km2. Être citoyen devient un symbole de réussite sociale et d’intégration culturelle : il s’agit d’un « civisme concret, improvisé, informel, individuel, un mélange d’inégalités économiques et de solidarisme civique » selon Paul Veyne. L’étude de bandes dessinées doit donc être menée en liaison avec le processus de romanisation et d’intégration.

Plusieurs bandes dessinées offre la possibilité d’étudier la très grande diversité de la population de l’Empire à son apogée, que ce soit par l’origine géographique ou son statut juridique. Nous avons retenu cinq ouvrages pouvant servir de support à une telle étude :

Gloria Victis (1 et 2) par Juanra Fernandez et Mateo Guerrero, Le Lombard

Les Ombres du Styx (1 à 3), par Isabelle Dethan, Delcourt

Cassio (1 à 6) par Stephen Desberg et Henri-Joseph Reculé, Le Lombard

Les Aigles de Rome (1 à 4) par Enrico Marini, Dargaud

Arelate (1 à 4) par Laurent Sieurac et Alain Genot, Editions Idées, Cleopas et 100 Bulles

 

Nous vous proposons un questionnaire à livrer aux élèves après la lecture d’Arelate. 1, Vitalis, Laurent Sieurac et Alain Genot, Idées +, 2009.

Pedago03

Dans le premier album de la série, Arles est une cité romaine prospère, en cette fin du premier siècle de notre ère sous le règne de l’empereur Domitien. On y construit un amphithéâtre. Sur le chantier travaille Vitalis, un tailleur de pierre. Il est renvoyé pour avoir enfreint la règle qui interdit les jeux sur le lieu de son travail. Bagarreur, il n’arrive pas à se faire engager de nouveau alors qu’il a besoin d’argent : sa femme est prête à accoucher et il a déjà emprunté une forte somme à un banquier. Il décide, à contrecœur, de s’engager comme gladiateur. Il croise souvent dans les rues de la ville le jeune Neiko, fils d’un armateur, qui rêve de quitter l’école pour prendre la mer et découvrir les autres ports de l’empire.

Cette bande dessinée a de nombreuses qualités, loin des jeux de pouvoir à Rome elle dévoile la vie de tous les jours du petit peuple d’une cité romaine à l’apogée de la Pax Romana. Scénariste et dessinateur Laurent Sieurac bénéficie pour le scénario de l’aide d’Alain Genot, qui comme conseiller historique donne une épaisseur aux nombreux détails que l’on trouve au détour d’une case sur la vie des arlésiens de l’époque. Gilles Chaillet dans une préface élogieuse souligne la qualité du superbe dessin réaliste en noir et blanc qui redonne vie aux rues populaires d’Arelate : « Laurent Sieurac nous offre une intrigue touchante où l’épaisseur psychologique des personnages n’est pas le moindre des ressorts dramatiques de cette belle aventure riche en rebondissements. Il réalise des décors généreux et solidement documentés, que viennent agrémenter quelques scènes de rue dignes des épigrammes de Martial ou de Juvénal. » Un cahier graphique de 8 pages et un très intéressant cahier pédagogique de 7 pages complètent utilement la fiction dessinée.

 

Après la lecture de l’album l’élève devra répondre aux questions suivantes :

Le contexte

  • Dans quelle ville se situe le récit ? Quel est son nom aujourd’hui ?
  • Quelle autre ville est citée ?
  • Ces villes appartiennent à quel empire ? Comment s’appelle la province où elles se situent ?
  • D’après tes recherches depuis quand cette région appartient-elle à l’empire romain ?
  • Quelle est la langue parlée par les habitants de la cité ? Ces habitants veulent-ils quitter l’empire ?
  • A quelle époque se situe ce récit ?
  • Quel est l’empereur à ce moment-là ? Peux-tu dater plus précisément le récit avec les dates de règne de cet empereur ?

Arelate au Ier siècle

  • Qui dirige la cité d’Arelate à l’époque ?
  • Quel fleuve passe au cœur de cette cité ?
  • Quels monuments marquent l’appartenance de cette cité au monde romain ?
  • D’où vient la richesse de la ville ? Avec quelles villes le père de Neiko entretient-il des relations commerciales ?
  • Quelle ville est citée pendant le cours de Neiko page 19 ? Quel est son nom aujourd’hui ? Quel monument prouve que c’est la capitale des Gaules au Ier siècle ?

Vitalis

  • Quel est le métier de Vitalis au début de l’album ? Pourquoi est-il renvoyé ?
  • Que devient-il à la fin de l’album ?
  • Quel est son nom complet ?
  • Quel est son statut juridique en début d’album
  • Pourquoi va-t-il voir un décurion aux pages 49 -50 ?
  • Quel est son statut juridique après cette date ?

 

Conclusion

A partir de ta lecture de la bande dessinée, dresse un portrait de la ville d’Arelate au Ier siècle de notre ère. En quoi est-ce une riche cité du monde romain ? N’oublie d’évoquer l’ensemble des statuts juridiques de la population de la cité.

 

Continuer vers la bibliographie

sommaire

Avr 01, 2016

Agrégée de Lettres classiques, ancienne professeur de latin et de grec en Lettres supérieures,  traductrice de l’Iliade et de l’Odyssée, de l’Énéide, des Métamorphoses et des Fables d’Ésope pour la collection des Classiques (Pocket Jeunesse), co-auteur des manuels de latin collège chez Magnard, Annie Collognat était la bonne personne pour traduire Astérix en latin. Elle revient avec nous sur cette expérience, les difficultés qui s’y sont attachées et le plaisir qu’elle a eu de transmettre cette langue ancienne (et non pas morte !) par le 9e art.

latin01
Le tome 1 de Murena traduit en latin par Claude Aziza et Cathy Rousset.

Avez-vous une idée du nombre de BD en latin sur la période romaine que l’on peut lire ?

Les éditions allemandes Ehapa Verlag Gmbh ont publié tous les Astérix scénarisés par Goscinny. J’ai moi-même traduit Le ciel lui tombe sur la tête aux éditions Albert René. Il y a également un tome de Murena aux éditions Dargaud, et apparemment un deuxième est en cours de traduction. En ce qui concerne Alix, il n’y a également qu’un seul album traduit, c’est Le fils de Spartacus, chez Casterman, mais ça commence à dater puisqu’il a été publié en 1983.

Les albums d’Astérix par Goscinny ont été traduits par un éditeur allemand. Est-ce qu’il y a des différences de traduction entre les pays ?

Ça se sent dans le choix du vocabulaire et dans les structures de phrase. Après, il y a aussi la volonté d’une fidélité absolue au texte, comme c’est plutôt le cas de la part des Allemands, alors que pour ma part, j’ai adapté Goscinny avec plus de libertés, en ajoutant par exemple dans le texte des locutions latines.

latin08

En ce qui concerne la traduction d’Astérix, on imagine qu’il y a des pièges, des difficultés, propres à l’usage du latin. Pour les noms par exemple, comment avez-vous fait ?

Déjà, et c’est valable pour toutes les langues, on ne touche pas à Astérix et Obélix. Pour les autres, il faut s’arranger que ça fasse sens comique dans la langue cible. Il fallait donc que je trouve des jeux de mots qui auraient pu être ressentis comme tels par des Romains antiques et par mes contemporains. Et en plus, il y a la contrainte de la longueur du mot à conserver. C’était un gros travail, mais je me suis beaucoup amusée. (voir la liste des noms en fin d’article) Celui qui m’a procuré le plus de plaisir, c’est Assurancetourix. Comme des générations de latinistes, j’ai appris le début de l’Enéide par cœur. Et au fond, le barde est comme Virgile, il chante les exploits des héros. J’ai donc pris le début de l’Enéide « Arma virumque cano », et j’ai appelé le personnage Armavirumquecanix. Dans l’album il y a ce gag ou Assurancetourix chante « Si j’avais un marteau », j’ai donc repris cette première phrase de l’Enéide en changeant virum (le héros) par malleum (le marteau). Du côté allemand, je crois qu’ils appellent Assurancetourix du nom de Cantorix, le chanteur, et Abraracourcix : Majestix. C’est plus descriptif, il n’y a pas de petits clins d’œil.

latin05

latin04J’ai fait aussi beaucoup de recherches dans les textes de pièces de théâtre latines. Avec toujours dans l’esprit les professeurs qui voudraient utiliser l’album. Pour transcrire le langage extraterrestre des Tadsylwiniens par exemple, j’ai été chercher dans une pièce de Plaute qui s’appelle Le Petit Carthaginois (qui imagine le voyage d’un Carthaginois à Rome, et qui ne comprends pas le latin), où il a recréé un dialecte carthaginois, dont les spécialistes ne savent pas, d’ailleurs, puisqu’on a seulement quelques inscriptions sur des stèles, si c’est une invention ou une transcription. C’est très drôle, parce qu’il le fait parler comme dans Le Bourgeois gentilhomme. Il y a un Romain qui sert de traducteur.

Dans Le ciel lui tombe sur la tête, il y a aussi l’enjeu de la modernité, les ordinateurs, etc .

J’ai consulté le Lexicon Vaticanis, le dictionnaire du Vatican, puisque la langue officielle de la Cité est le latin. Pour l’ordinateur, il suffit de revenir à la racine latine computatorium, qui renvoie à computare, « compter », qui a d’ailleurs donné computer en anglais. Pour les trois W de World Wide Web, c’est un collègue qui avait trouvé la traduction world/le monde/terra, wide/la totalité/totius et web/la toile/tela. Et donc ça donne trois T au lieu de trois W. Les « shérifs de la police qui veillent sur la sécurité » (p. 10) sont des armigeri (« qui portent des armes ») inter aediles qui secura tenere omnia debent.

latin07latin06

Comment faire passer l’humour, les jeux de mots ?

En ne restant pas trop collée au texte. Pour les fameuses bagarres des villageois à coup de poissons par exemple. La femme du poissonnier demande à son mari d’arrêter d’abimer la marchandise. J’ai repris la phrase de Cicéron « Quousque tandem, Catilina, abutere patientia nostra? » (Jusqu’à quand vas-tu abuser de notre patience, Catilina ?), une phrase très connue tirée des Catilinaires, en remplaçant « abuser de notre patience » par « abuser de la marchandise ». Le clin d’œil est là pour la personne qui connaît.

J’ai même utilisé des auteurs postérieurs à l’époque romaine, comme Ignace de Loyola qui m’a fourni le poids de ses formules martiales pour transposer sur un mode comique l’obéissance réglementaire des légionnaires romains (p. 37) : Ad majorem Romae gloriam !, « Pour la plus grande gloire de Rome ! » et Perinde ac cadaver, « Tout juste comme un cadavre ».

Avez-vous rencontré d’autres difficultés ?

Il y avait aussi la contrainte des bulles et donc de la longueur des dialogues. Ma chance, c’est que le latin est beaucoup plus synthétique que le français. Ce qui m’a permis d’introduire des choses qui n’y étaient pas. Sinon, je n’avais pas la place. Il a fallu que je veille à cet équilibre des volumes.

Après, il fallait trouver un ton. Il s’agissait d’adapter le registre de langue au genre qu’est la bande dessinée, dont un équivalent pourrait être trouvé avec le théâtre comique latin (Plaute et Térence). Il fallait donc garder le ton de la conversation, tout en distinguant les façons de s’exprimer (familière, recherchée, accents étrangers, etc.).

Pour la page de présentations des personnages, je devais faire comprendre le nom que j’avais trouvé. Pour Armavirumquecanix, je cite Virgile pour que les gens comprennent le jeu de mot. Sur la carte de la Gaule accompagnée de la formule intangible : « Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… », j’ai fait apparaître un célèbre incipit de La Guerre des Gaules de César que des générations de latinistes ont épluché : Gallia est omnis divisa in partes tres.

latin02

Quels sont vos projets ?

Cet exercice de traduction m’a tellement plu que j’ai très envie de le refaire. Mais pas forcément sur Astérix. Ce qui m’intéresse, c’est tout ce que je peux faire autour en terme de pédagogie, pour faire connaître cette civilisation. Je ne dis pas qu’il y a rien d’intéressant sur la civilisation romaine dans Astérix, mais on se heurte vite au fait que c’est beaucoup fondé sur l’anachronisme. Ce n’est pas la même chose sur Alix par exemple.

Quels arguments mettriez-vous en avant pour défendre un usage bien attaqué en ce moment, celui du latin ? Et précisément dans la bande dessinée.

Aux professeurs qui me posent cette question sur le latin dans les formations que je peux animer, je leur réponds que c’est un héritage. Quoi qu’on en dise, c’est une civilisation dont nous sommes issus. Nous en sommes les héritiers. Autant apprendre à la connaître. Alors, en ce qui concerne la bande dessinée, je pense que pour certains albums, c’est un éclairage intéressant. Et puis c’est bien de donner aux jeunes collègues et aux élèves un autre support. La BD c’est comme le cinéma.

latin03
Annie Collognat a fondé l’association PALLAS (Paris, Arts, Littératures et Langues AncienneS) qui vise à promouvoir tous les héritages des cultures antiques. (http://assopallas.jimdo.com)

La liste des noms de la série Astérix, traduits en latin par Annie Collognat :

Astérix Asterix, igis (asteriscus, i, m. : petite étoile, astérisque). Petit certes, mais né sous une bonne étoile.
Obélix Obelix, igis (obeliscus, i, m. : obélisque). Ses menhirs sont aussi impressionnants qu’un obélisque.
Idéfix Notabenix Il suit toujours les ordres de son maître, ce qui lui donne des idées bien arrêtées. N. B. Cave canem ! car, à en croire le poète : A cane non magno saepe tenetur aper ! («Souvent le sanglier est arrêté par le petit chien», Ovide, Remèdes à l’amour, vers 422).
Panoramix Omnipotentix, igis (omnipotens, potentis : toutpuissant). Sa potion est la clé de la toute-puissance.
Assurancetourix Armavirumquecanix Arma virumque cano»). On raconte que Virgile lui aurait emprunté le premier vers de son Énéide.
Abraracourcix Manumilitarix (manu militari). Il dirige son village avec une main de fer très militaire.
Bonemine Bisrepetita, ae (bis repetita placent) surnom : Pepita. Pour l’épouse du chef, se répéter permet d’avoir toujours le dernier mot.
Cétautomatix Mutatismutandix, igis (mutatis mutandis). En bon forgeron, il sait que c’est en changeant les pièces qui doivent être changées que l’on fait progresser la technique.
Ordralfabétix Modusvivendix, igis (modus vivendi). Trouver un mode de vie paisible avec ce poissonnier toujours susceptible sur sa marchandise n’est pas facile.
Agecanonix Senexvelsenix, igis (senex, senis, m. : vieux, vieillard ; vel : ou bien) surnom : Velseseninix. En bon vieillard de comédie, il a toujours son mot à dire… ou bien ?… À force de radoter, il prétendra bien un jour avoir le droit de rouler en Scénic.
Avantipopulus Antepaenultimus, i (antepaenultimus, a, um : antepénultième). Ce centurion qui dans ses rêves de gloire se voit bien en princeps (premier) n’est toujours qu’un humble avant-avant-dernier, relégué au fin fond d’une garnison de province.
Toune Decemnasutus, i (decem : dix ; nasutus, a, um : qui a un grand nez, qui a du flair, spirituel). Le nom de cet étrange alienus (un alien tombé du ciel !) est un rébus… à vous de trouver en lisant l’hommage de l’auteur à la fin de l’album. Venu de la planète Decemnasutia, ce charmant «petit violet» (violaculus) porte le diminutif de Pullus (pullus, i, m. : petit animal, poulet, d’où le sens affectueux de «mon poulet»). Le plus grand sage de la planète Decemnasutia s’appelle Gugga’st (p. 20) : ce mot est un néologisme créé par le poète latin Plaute dans l’une de ses comédies, Poenulus («Le Petit Carthaginois»), jouée à Rome vers 195 av. J.-C. Il désignerait un oiseau de couleur pourpre en carthaginois.
Nagma Manganum, i (manganum, i, n. : machine de guerre à balancier, du type de la catapulte ou du trébuchet, dit «mangonneau» au Moyen Âge). Ces créatures sont de redoutables machines de guerre catapultées sur terre pour des raisons fort peu honnêtes. Leur planète, Gammata (gammatus, a, um : qui a la forme d’un gamma, gammé), porte la marque sinistre d’une inquiétante «étoile noire». Leur grand sage s’appelle Migdilix (p. 21) : dans le Poenulus de Plaute, le mot désigne un fourbe, doté d’une langue fourchue.
Goeldera Muribucco, onis (mus, muris, m. : souris, rat ; bucca, ae, f. : bouche) Ces robots (organa) à gueule de rat sont aussi grotesques que le personnage de la grosse farce latine appelé Bucco («grande gueule», «bouffon») pour sa goinfrerie.

 

sommaire

Avr 01, 2016

CeltilcouvL’empereur Néron, star des péplums, a peu intéressé la bande dessinée avant le succès du Murena de Jean Dufaux et Philippe Delaby. Parmi les rares auteurs à avoir mis en scène cet empereur fou, on se rappelle moins Philippe Masson et son album Celtil, paru en 1986.

 

Celtil est un centurion gaulois qui profite d’une permission pour visiter Rome en compagnie de son esclave Glaucos. Au hasard des – mauvaises – rencontres, le centurion en vient à devenir gladiateur de l’empereur, découvre un complot visant à le destituer, et tente de le sauver.
On a là tous les ingrédients classiques du péplum : une première scène, dans une taverne, où des gardes du prétoire molestent une pauvre jeune femme, de belles matrones aux coiffures fantasques appréciant la semi-nudité de gladiateurs gaulois ou numides, de jeunes garçons partageant la couche de riches Romains, une scène d’orgie où une gladiatrice-amazone sort d’un gâteau pour combattre notre héros sous les cris enthousiastes de sénateurs en toge, et même l’apparition fugace de chrétiens prêts à prendre leur revanche sur Néron.

Le portrait de l’empereur est en revanche moins conventionnel. Certes, le Néron de Masson ressemble à s’y méprendre, du moins physiquement, à celui du fameux Quo Vadis de Mervyn LeRoy (1951) ; jusqu’à reprendre les traits de Peter Ustinov, l’acteur qui l’incarne à l’écran. Cela dit, le Néron que protège Celtil est un homme inoffensif, que son goût des arts pousse à haïr la violence et qui ne comprend pas le plaisir que peut éprouver sa cour à la vue du sang. Ici, le ridicule appelle à la compassion, et ce Néron en devient même attachant. Il est de fait moins dangereux que les comploteurs que compte sa cour, désignés comme les vrais ennemis de Rome. La scène finale parvient même à redorer l’image du personnage, courageux face à la mort et soucieux de ce qu’il laisse à la postérité.

Celtil23
P.23 : le Néron de Celtil, presque timide, préfère s’éclipser pour ne pas voir les gladiateurs se battre à mort pour lui.

Si le public visé n’est clairement pas le même, Philippe Masson s’inscrit cependant dans la veine de Jacques Martin par son dessein très classique, mais aussi par une recherche de la véracité historique qui tourne parfois au didactique. Des cartes viennent expliquer au lecteur la situation de l’Empire en cette année trouble de 69 ap. J.-C., et les quelques vues de Rome, comme les restitutions d’entraînements et de combats de gladiateurs, témoignent d’un réel effort de documentation. Au fond, Celtil se présente comme un Alix pour adultes.

Celtil11
P.11 : un entraînement de gladiateurs où sont utilisées des armes en bois. Le déséquilibre des équipements permet de souligner le courage du héros mais nuit à la vraisemblance de la scène.

L’album a sûrement souffert de son manque d’originalité, et n’a pas connu grand succès au moment de sa sortie. Ce qui était présenté comme le début d’une série promettant de rendre vie à cette « année des quatre empereurs » qu’est 69 ap. J.-C., très peu représentée dans la fiction, se résume en fait à ce volume unique sur la fin de Néron. Celtil peut aujourd’hui être relu comme un témoin daté d’un certain traitement de l’Histoire, entre influence du péplum et volonté de représenter l’Antiquité de manière réaliste et documentée, poussée jusqu’à inclure régulièrement dans le texte des citations tirées des grands auteurs anciens.

Celtil6
P.6 : une vue du forum romain surplombé par le Capitole

 

Avr 01, 2016
roma2p51bis

© Convard-Adam-Boisserie-Erbetta-Chaillet/Glénat

Dans l’imaginaire collectif, Rome surclasse tous ses adversaires et règne en maîtresse sur le bassin méditerranéen. Elle ne peut pas perdre. Même sa chute finale semble avoir été effacée, comme on le ferait avec une erreur. La Ville éternelle a pourtant maintes fois été menacée, en particulier lorsque l’offensive d’Hannibal en Italie battait son plein. Un épisode qui est mis en scène de manière réaliste dans Ad Astra, et fantasmée dans le second tome de la saga Roma. (suite…)

Avr 01, 2016

S’ils venaient à se rencontrer, qui d’un judoka ou d’un gladiateur prendrait le dessus ? C’est la question que pose Gibbon, scénariste de Virtus, qui met en scène, sous le crayon d’Hideo Shinanogawa, un groupe de prisonniers japonais mené par un ancien champion de judo débarquant au beau milieu du Colisée de Rome au IIe siècle ap. J.-C. La série, créée en 2011 au Japon et traduite en français depuis mars 2014, reprend là le motif principal du Thermae Romae de Mari Yamazaki, publié quelques années plus tôt au Japon (2008 pour le premier tome) et en France (2012) : celui du voyage dans le temps permettant de confronter deux cultures pourtant historiquement et géographiquement si éloignées.

Le parcours du héros de Thermae Romae, l’ingénieur romain Lucius Quintus Modestus, est l’exact opposé de celui du judoka de Virtus, le menant de la Rome de l’empereur Hadrien au Japon contemporain. Le rythme de la série est donné par ses voyages au pays des « visages plats », comme il nomme lui-même cette civilisation dont il ne comprend ni d’où elle vient ni comment elle a pu parvenir à ce degré de perfection technique. Il en ramène des innovations qui, appliquées aux thermes qu’il conçoit à Rome, lui valent la célébrité et jusqu’à l’amitié de cet empereur-architecte qu’est Hadrien.

Malgré des styles très différents – l’un adopte un dessin résolument réaliste, tandis que dans l’autre la violence du trait n’a d’égale que celle de son propos –, les deux séries se rejoignent sur plusieurs aspects ; au point que Gibbon semble vouloir surfer sur le succès de la série de Mari Yamazaki. Quel que soit leur parcours, chacun des deux héros apporte à Rome un peu du Japon contemporain.

Virtus01

Un Japon contemporain à l’image de la Rome antique ?

Les deux séries invitent à un même constat : malgré la distance temporelle et géographique, Rome antique et Japon contemporain sont en fait très proches. L’ex-champion de judo Takeru en vient même à représenter l’incarnation de la « virtus » pourtant constitutive de l’identité romaine ; tandis que la jeune japonaise Tsatsuki, dans Thermae Romae, se révèle seule capable d’interpréter correctement les restes archéologiques des bains romains, que des « étrangers chez qui la culture des bains n’existe pas ne peuvent pas comprendre » (lesdits étrangers étant des archéologues de l’Université d’Oxford, excusez du peu !). Le premier intérêt de la démarche est donc de rapprocher ce qui semble à première vue très éloigné.

Ces rapprochements entre Rome et le Japon offrent en outre au lecteur japonais une porte d’entrée vers la culture antique occidentale dont il est a priori peu familier. Quoique Thermae Romae soit bien mieux documenté que Virtus qui s’en tient à des poncifs sur une culture romaine décadente et dominée par des empereurs fous, les deux séries permettent au lecteur de mettre un pied dans l’Antiquité à partir d’un domaine particulier, les bains pour l’un, la gladiature pour l’autre. Cette visée didactique est d’ailleurs assumée par les deux séries. Les combats mis en scène par Gibbon sont toujours expliqués et commentés par les personnages spectateurs et l’entraînement du groupe de Japonais en Grèce est l’occasion de quelques pages d’explication sur la naissance du pancrace, le « combat libre », au pays de Platon. Dans Thermae Romae, Mari Yamazaki propose quant à elle des commentaires de fin de chapitres sous le titre évocateur « Rome et les bains, mes deux amours », reprenant et développant les thèmes abordés dans les pages précédentes. Mihachi Kagano adopte la même posture dans Ad Astra, une série centrée sur la deuxième Guerre punique pourtant sans référence explicite au Japon : pour faire comprendre le génie stratégique d’Hannibal, il le compare à un grand stratège de l’histoire japonaise, Kiso Yoshinaka, illustre général de la bataille de Kurikara. Autant de noms qui ne parlent pas au lecteur occidental mais qui sont familiers au lecteur japonais. Les deux stratèges auraient utilisé la même ruse pour semer la panique dans le camp ennemi : attacher des torches enflammées aux cornes de bœufs et les lancer, en pleine nuit, sur l’ennemi. L’épisode est bien attesté pour Hannibal à la bataille de Callicula alors qu’il semble plutôt relever de la légende pour le cas japonais. Le rapprochement inspire alors au mangaka des pistes de réflexion quant à l’écriture de cet épisode mythique de l’histoire du Japon, peut-être indirectement inspiré de la geste d’Hannibal…

Le succès à l’étranger des deux séries ne fait que confirmer l’intérêt de cette écriture jetant des ponts entre les deux cultures. Car si le public japonais se voit offrir un chemin vers Rome, le public européen peut quant à lui en profiter pour découvrir des aspects de la culture japonaise. Sur ce point, Thermae Romae est une mine d’anecdotes qui nous permettent de voir et comprendre le monde des bains japonais dans sa diversité, entre les petits établissements vieillots, les sources où les baigneurs sont aussi bien des hommes que des singes, les stations thermales où se produisent d’envoûtantes geishas, ou les complexes modernes pensés pour le divertissement des plus jeunes. La découverte opère dans les deux sens, et la familiarité avec les bains romains et leurs restes archéologiques peut aussi devenir une porte d’entrée vers la culture thermale japonaise.

ThermaeRomaeV

Rome antique versus Japon contemporain

Le parallèle tourne parfois à l’affrontement. Virtus entend prouver la supériorité japonaise sur une Rome qui serait décadente. Takeru et ses compagnons sont ainsi capables de battre leurs adversaires en contournant la mise à mort présentée – à tort – comme l’issue inévitable d’un combat de gladiateurs. Ces victoires dans l’arène deviennent autant de victoires symboliques d’une société sur une autre, et la série prend rapidement un tour patriotique.

Dans Thermae Romae, Lucius se trouve quant à lui complètement subjugué par la supériorité technique de la civilisation des « visages plats ». A chaque passage dans le monde contemporain, on le voit littéralement s’effondrer en découvrant des objets qui ne nous semblent pourtant pas relever de la prouesse technique : un pommeau de douche, une bouteille en verre, une visière de bain. Que dire alors de sa découverte de l’électricité… (illustration : Thermae Romae, chapitre 23 : la découverte de la télévision est un coup dur pour le pauvre Lucius…). Pour Lucius, cette supériorité technique ne peut qu’être le reflet d’une supériorité militaire, et sa plus grande peur est que l’hégémonie romaine soit menacée par cette civilisation si avancée. La mise en concurrence des deux mondes n’existe cependant que dans la tête du héros romain, et cette impression de supériorité de l’un sur l’autre est nuancée à plusieurs reprises dans la série. D’abord, par le fait que l’architecte soit capable d’adapter à Rome des technologies contemporaines qu’il n’a pourtant qu’entraperçues et pour lesquelles il ne dispose ni des bons matériaux ni du savoir-faire des ingénieurs japonais. Le pommeau de douche en plastique est ainsi avantageusement décliné en… peau de bœuf. C’est bien là tout le génie romain que d’être ouvert aux innovations empruntées aux cultures « barbares ». Par ailleurs les prouesses techniques des « visages plats » n’en sont qu’aux yeux du Romain, et le lecteur peut difficilement adhérer à son admiration sans borne pour une banale cuvette au plastique jaune… Enfin, la deuxième partie de la série (à partir du quatrième tome) fait intervenir une Japonaise elle-même fascinée par la culture romaine et prête à tout pour mieux la découvrir. Son admiration pour Rome devient alors le symétrique de l’admiration de Lucius pour le Japon contemporain. Dans cette confrontation des deux cultures, l’équilibre est ainsi rétabli.

ThermaeRomae01
Thermae Romae, chapitre 23 : la découverte de la télévision est un coup dur pour le pauvre Lucius…

 

Un discours sur le Japon contemporain

Lucius Modestus finit par être le sauveur d’un Japon en proie aux affres de la modernisation. La deuxième partie de la série renverse progressivement les rôles : l’architecte ne se contente plus de ramener des techniques nouvelles de ses brefs passages au Japon mais reste de plus en plus longtemps dans le monde contemporain et y découvre des difficultés finalement fort proches de celles que connaît son monde. Les deux derniers tomes ont ainsi comme décor principal une petite station balnéaire japonaise en crise, que l’architecte romain débarrasse de promoteurs aux méthodes peu orthodoxes. A travers le regard du Romain, Mari Yamazaki brosse donc le portrait d’un Japon en plein changement, et le discours de Lucius, pour qui aucun progrès ne peut justifier la disparition de la tradition, semble refléter l’idée générale qui ressort de la série. C’est bien une idée très romaine, celle de la supériorité de la tradition sur l’innovation, ici adaptée aux réalités japonaises alors même que la série souligne que les Romains sont paradoxalement ouverts aux techniques étrangères.

ThermaeRomae02
Thermae Romae, chapitre 30 : le respect pour les traditions face aux spéculations immobilières.

Virtus porte un discours politique plus clair encore, appelant à un retour aux valeurs fondatrices du Japon contemporain portées par le judo. Le combat visant la mort de l’adversaire est ainsi fortement décrié, de même que les méthodes de combat sans règles fixes, comme le pancrace qui retrouve ici ses origines grecques. Les personnages principaux, que ce soit Takeru ou son jeune compagnon Kamio, sont porteurs d’idéaux qu’ils doivent construire contre la douleur d’enfances difficiles. L’un ne cesse de rappeler qu’ « il faut aider les faibles et briser les forts », tandis que l’autre apprend au fil de la série à dominer ses peurs et à devenir un grand lutteur qui puisse prendre la suite de Takeru et, qui sait, réussir la mission pour laquelle ils ont été envoyés dans ce passé cauchemardesque.

ImpressionThermae Romae et Virtus appartiennent à cette nouvelle génération de mangas qui s’intéressent à l’histoire romaine et, plus largement, à l’histoire italienne (Cesare de Fuyumi Soryo et Arte de Kei Ohkubo mettent par exemple en scène la Renaissance italienne). Les deux séries sont assez représentatives de cette nouvelle génération, en ce qu’elles font explicitement référence au Japon contemporain, quand d’autres auteurs font certes appel à une culture japonaise commune pour comprendre l’histoire de l’Italie, mais de manière moins directe. Certes Virtus est bien moins réussi que son grand frère Thermae Romae et s’inscrit dans la veine de séries plus anciennes comme Cestus, la légende de la boxe (de Kei Ohkubo publié entre 1998 et 2009 au Japon, et repris depuis 2012) tant pour le thème – le combat de gladiateurs – que les poncifs sur une civilisation romaine décadente, violente et dépravée. Cependant on y retrouve une certaine volonté didactique qui semble être la marque de plusieurs séries récentes de mangas historiques. Le beau succès de Thermae Romae en Europe comme au Japon – plusieurs tomes du manga ont tenu le haut des ventes au moment de leur sortie – semble bien correspondre à un regain d’intérêt pour la culture romaine, traitée de manière moins caricaturale que précédemment.

 

sommaire

Avr 01, 2016
Couverturebismurena

© Dufaux-Delaby/Dargaud

La naissance du christianisme et les premières phases de son expansion sont intimement liées à l’histoire de l’Empire romain. Si ce dernier a, dans un premier temps, persécuté les adorateurs de Dieu, il n’a pu empêcher la diffusion de leurs prêches ; et a finalement fait du christianisme sa religion d’Etat. Il n’est donc pas étonnant que la bande dessinée se soit emparée de ce sujet. (suite…)

Avr 01, 2016
Page 1 sur 612345Dernière page »