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Portrait du véritable Roman von Ungern Sternberg

Pratt n’est pas seulement un dessinateur génial ou un scénariste particulièrement doué, il est aussi un incroyable dénicheur de personnages historiques improbables et romanesques. Cette galerie de portraits marque l’immense culture historique du père de Corto Maltese et son insatiable curiosité pour les aventuriers. Le baron Roman von Ungern Sternberg (1886-1921) est en bonne place parmi ces figures singulières.

Personnage principal d’un court chapitre de Corto Maltese en Sibérie (chapitre V : Ungern de Mongolie), ce prince mi-allemand mi-estonien fait partie des personnages légendaires attachés aux guerres lointaines et mal connues. Membre de la petite noblesse germanique, il embrasse naturellement la carrière des armes et intègre l’armée du tsar quelques années avant la Première Guerre mondiale. Affecté en Asie, il rencontre les peuples qui vont le suivre après 1917. En 1915, son régiment, le 1er régiment cosaque de Nertchinsk, s’illustre dans différentes batailles. Le baron y gagne plusieurs décorations en récompense de sa bravoure au combat. Il rencontre aussi le futur général Semenov qui sera son allié après la guerre et que Pratt met en scène dans Corto Maltese en Sibérie. La paix de Brest Litovsk signée par les Bolchéviques lui déplaît ; il n’aime pas les communistes. Ces derniers n’aiment pas plus les officiers du tsar, surtout si ils sont membres de la noblesse.

La légende qui entoure l’homme intéresse Pratt, ainsi que d’autres auteurs de bande dessinée. En effet, en plus de Corto Maltese en Sibérie (paru en 1974), au moins deux autres séries font apparaître Ungern-Sternberg. Taïga rouge, de Perriot et Malherbe (Dupuis, 2008) et Le Baron fou, de Rodolphe et Faure (Glénat, 2015). Peu ou prou, tous ces auteurs commencent leur récit au même moment. Après 1918, la Russie est en proie à une terrible guerre civile. Les armées blanches, favorables au tsar, dirigée par le général Wrangel, qui a commandé le 1er régiment cosaque de Nertchinsk, s’engagent contre les rouges. Bien que soutenues par les pays occidentaux, elles sont défaites, chassées d’Europe. Quelques régiments continuent la lutte en Asie, en Sibérie, en Mongolie. C’est le cas des hommes qui suivent Semenov et Ungern-Sternberg. Composée de cavaliers de nombreuses nations – Mongols, Bouriates, Kalmouks, Kazakhs… – et de guerriers aguerris, leur armée prend le nom de Division sauvage. Leur combat est perdu d’avance face aux armées bolcheviques mieux armées et plus nombreuses. Ils ont quand même le temps de mener de longues razzias, de soulever les populations, de rétablir des nobles sur leurs trônes politiques locaux ou d’autres potentats insignifiants comme le Bogdo Khan ou le Koukhoutkou, à Ungern, en Mongolie. Ces chefs sont sans pitié pour les populations et pour leur hommes. Le baron Ungern-Sternberg gagne plusieurs surnom : le baron fou, le baron sanglant ou le baron noir. Ils savent que leur fuite en avant ne peut que mal se terminer.

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© 1979 Cong S.A. / Casterman – Hugo Pratt™ © Cong S.A., Suisse. Tous droits réservés.

 

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Le baron fou vu par Hugo Pratt. © 1979 Cong S.A. / Casterman – Hugo Pratt™ © Cong S.A., Suisse. Tous droits réservés.

Les auteurs des albums, à la suite de Pratt, ont bien vu les potentialités scénaristiques fortes de ces aventures. On y trouve mêlés du courage, du désespoir, de l’amitié, des trahisons, des retournements d’alliance, et un zeste d’ésotérisme asiatique.

Assez rapidement défaites, les troupes du baron Ungern-Sternberg sont éliminées sans pitié et leurs chefs passés par les armes. Le Baron fou meurt ainsi fusillé à 35 ans ; sa légende commence. Déjà de son vivant, son épopée a fait la une des journaux illustrés en Europe, notamment en France. Des reporters ont suivi cette guerre avec passion. Il ne faut pas oublier que le parti communiste commençait son ascension politique et que de nombreux russes blancs s’installaient à Paris en faisant la une des journaux « people » de l’époque, apportant avec eux une sorte de souffle légendaire et dramatique.

Les trois albums où apparaît le baron Ungern-Sternberg se situent après la Première Guerre mondiale, à la fin de sa vie, en Mongolie. Nous sommes en plein dans ce que Dominique Petitfaux appelle l’histoire interstitielle. Les auteurs utilisent un aspect mineur et non avéré d’événements réels, les prédictions d’un ou d’une voyante, pour en faire le point capital de leur histoire. Les héros européens, Corto Maltese chez Pratt, madame Ruppert dans Le Baron fou ou Ferdynand Ossendowski, dans Taïga rouge, sont témoins de ces prédictions et de leurs conséquences. Chacun les subira différemment. Corto Maltese les utilise pour sauver sa vie et celle de ses amis. Mme Ruppert tombe amoureuse du baron, homme au destin tragique, ce qui lui rend son humanité et une certaine séduction. Ferdynand Ossendowski, lui, est pris dans la folie de la guerre, et finalement sauvé par Ungern-Sternberg des Soviétiques pour qu’il tire de ces événements un récit et un livre qui le rendront célèbre.

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Le Baron fou vu par Rodolphe et Faure. On voit le personnage de Ferdynand Ossendowsky, qui a réellement rencontré Ungern Khan et qui est le personnage principal de Taïga rouge. Il est dans la case en haut à droite de la planche du bas.© 2015. Rodolphe et Faure. Glénat

De ces trois récits, seul Le Baron fou suit à peu près l’histoire telle que nous la connaissons, tout en ajoutant la romance érotique entre madame Ruppert et le baron. Celui-ci est décrit à la fois comme un chef de guerre terrifiant, un homme du monde, héritier d’une famille aristocratique, et un amant. Les rapports ambigus entre ces deux personnages donnent à l’histoire un ton très inattendu. La violence, très crue, est là : des corps sont déchiquetés, des têtes tombent, des troupes entières sont massacrées… ; mais elle est contrebalancée par des moments de grande douceur. Sentiment renforcé par la nostalgie qui envahit madame Ruppert, qui se remémore sa jeunesse aventureuse au soir de sa vie.

Le Baron fou de Taïga rouge est réellement terrifiant mais Ferdynand s’y attache. Son combat lui est sympathique. Ils ont besoin l’un de l’autre. Ferdynand est poursuivi par les communistes, le baron comprend qu’il peut utiliser son inconscience et son goût de l’aventure. Là aussi, si des moments sont historiquement avérés, l’histoire interstitielle s’invite à chaque case, à chaque page, pour créer du romanesque plausible.

Enfin, le baron de Pratt est dans la même veine, sauf que contrairement aux deux autres, c’est Corto Maltese qui fascine l’homme historique. Et c’est le marin maltais qui l’utilise à son profit pour accomplir une action importante, faire sauter un canon géant puis sauver sa peau et celle de Raspoutine. Ce qui n’est pas rien…

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La baron fou vu par Perriot et Malherbe. © 2008. Perriot et Malherbe. Dupuis

Physiquement, chacun des dessinateurs à pris un parti pris graphique très fort. Le vrai visage de Ungern-Sternberg est déjà particulier, émacié avec de longues moustaches, les portraits dessinés ont utilisé avec bonheur ces caractéristiques pour en faire un être assez rude et effrayant.

Au final, les trois albums livrent à peu près la même vision de Roman von Ungern-Sternberg. Un combattant dur mais très romantique, un homme au combat inutile et perdu d’avance mais au grand cœur, dont les colères ou les emportements sont de toute façon emportés par l’histoire, la vraie, l’officielle. Car grâce au génie d’Hugo Pratt, c’est l’autre histoire, celle que les créateurs inventent, qui est la plus belle.

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Sep 30, 2015
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Couverture originale du War Picture Library n°58 dans lequel figure l’histoire Up the Marines !, l’un des meilleurs récits publiés par Hugo Pratt au Royaume-Uni.

La Seconde Guerre mondiale a été l’un des sujets de prédilection d’Hugo Pratt tout au long de sa carrière. Dans ce domaine, sa série la plus connue est Les Scorpions du désert. Mais on oublie souvent que l’auteur italien avait, entre 1959 et 1963, dessiné et publié des histoires pour Fleetway Publications, éditées en Angleterre en petit format. (suite…)

Sep 30, 2015

Dominique Petitfaux est historien de la bande dessinée et plus particulièrement spécialiste de Hugo Pratt, au sujet duquel il a écrit deux livres d’entretiens, De l’autre côté de Corto (Casterman) et Le Désir d’être inutile (Robert Laffont). Nous revenons avec lui sur l’importance de l’Histoire dans l’œuvre du Maestro.
(suite…)

Sep 30, 2015

Quand on cite Hugo Pratt, c’est le plus souvent pour parler de Corto Maltese, et plus particulièrement de sa qualité littéraire et graphique. La facette historique de l’œuvre du dessinateur italien est généralement laissée de côté. Elle imprègne pourtant, et de manière très profonde, tout ses albums. Décryptage d’une bibliographie entièrement portée par l’Histoire. (suite…)

Sep 30, 2015

Cela n’aura échappé à personne : les éditions Casterman publient en cette fin du mois de septembre une nouvelle aventure de Corto Maltese, 20 ans après la disparition du maître de Venise. Si Cases d’Histoire cherche avant tout à évoquer l’actualité historique par le biais de la bande dessinée, il était, avouons-le, particulièrement tentant de prendre cet événement éditorial à contre-pied en nous penchant sur l’une des caractéristiques de l’œuvre d’Hugo Pratt : son ancrage plus ou moins direct dans l’Histoire.

Fils de militaire, engagé dans la police italienne en Abyssinie à l’âge de 13 ans, témoin de la débâcle de l’armée de Mussolini face aux maigres troupes britanniques en 1941, prisonnier de guerre, Hugo Pratt a été, dans son adolescence et en toute relativité, l’un des acteurs de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Cette jeunesse mouvementée explique sa profonde fascination pour la guerre, les uniformes et les armes. Une passion qui transparaît dans Les Scorpions du désert ou encore dans Ernie Pike, et qui va par la suite s’étendre à d’autres périodes et d’autres territoires. Ce sera notamment le cas du Nouveau Monde et de la lutte désespérée des Amérindiens contre les colonisateurs européens, thème qui donnera naissance à des titres comme Ticonderoga ou Fort Wheeling.

Mordu d’histoire, Hugo Pratt n’en a pour autant jamais fait véritablement son fonds de commerce. S’il a toujours effectué (ou chargé certains collaborateurs de le faire pour lui) des recherches documentaires minutieuses, l’Histoire ne devait servir que de décor, de prétexte, à un récit plus dense, plus complexe, et surtout profondément attaché à son caractère fictif. Son personnage le plus célèbre, Corto Maltese, est à ce titre particulièrement représentatif d’une technique d’écriture et de dessin qui en font l’un des héros de fiction les plus afférents au contexte historique qui l’entoure ; sans pour autant jamais en influer sur le cours.

Alors, si son œuvre est intimement liée à l’Histoire, Hugo Pratt est-il pour autant un historien fiable ? Difficile de répondre à cette question par la positive, dans la mesure où il n’a jamais souhaité devenir une référence en la matière, contrairement à certains de ses contemporains comme Jacques Martin. Par ailleurs, lorsque l’on prend pleinement conscience de la manière dont il a perpétuellement réinventé certains épisodes de sa propre vie, on est en droit de douter du caractère irréprochable de son approche. En revanche, ses récits inoubliables ont indubitablement inspiré des générations de lecteurs en les ouvrant vers de nouveaux horizons, y compris historiques.

sommaire

Sep 30, 2015

Bibliographie indicative des bandes dessinées ayant pour sujet Napoléon et le Premier Empire

 

1. Les bandes dessinées biographiques ou à vocation pédagogique

  • Napoléon (Intégrale) de Fred et Liliane Funcken, Lombard, 2015
  • L’Histoire de France en BD. 9, Napoléon et l’empire de Dominique Joly et Bruno Heitz, Casterman, 2015
  • Napoléon. 1 (3 tomes de prévus) de Noël Simsolo, Jean Tulard et Fabrizio Fiorentino, Glénat, 2014
  • Et Napoléon créa… La Roche-sur-Yon, de Jean-Blaise Djian et Damour, Editions Vagabondages, 2013
  • Napoléon. 1 et 2, de Nicolas Dandois, Editions Les Ronds dans l’O, 2010 – 2011
  • Napoléon Bonaparte, 1 à 4, de Jacques Martin, Pascal Davoz et Jean Torton, Casterman, 2010 à 2015
  • Napoléon. 1 à 3, d’André Osi, Joker Editions, 2009 à 2013
  • Bonaparte : la campagne d’Egypte, de Jacques Martin et Jérôme Mondoloni, Casterman, 2008
  • Napoléon, 1 à 6, de Tetsuya Hasegawa, Editions Kami, 2006
  • Marbot, 1 à 7, de Stéphane Pêtre, Theloma, 2006 à 2013
  • Malet, de Nicolas Juncker, Treize étrange, 2005

2. Les bandes dessinées sur les batailles et les guerres napoléoniennes

  • Waterloo – Le Chant du départ, de Maurizio Geminiani, Bruno Falba, Andrea Meloni et Christophe Regnault, Glénat, 2015
  • Waterloo, de Mor, TemPoe, Daniel et Courcelle, Sandawe, 2015
  • Adelante !, 1 et 2 de Franck Giroud et Javi Rey, Dupuis, 2013 et 2014
  • La Bataille. 1 à 3, de Patrick Rambaud, Frédéric Richaud et Ivan Gil, Dupuis, 2012 à 2014
  • Thérèse, dragon : récit de campagnes napoléoniennes, de Damien Marie et Karl Tollet, Editions Vents d’Ouest, 2013
  • Frontline combat. 2, de Harvey Kurtzman et Jack Davis, Akileos, 2013 (épisode sur Austerlitz)
  • Waterloo, de Patrick Pirlo et Eco, Les Enfants rouges, 2008
  • Souvenirs de la Grande Armée, 1 à 4, de Michel Dufranne et Alexander, Delcourt ; 2007 à 2012
  • Les oubliés de l’Empire. 1 à 3, de Philippe Eudeline et Thierry Vette, Joker Editions, 2008 à 2010
  • Napoléon, Austerlitz et Waterloo, de Bernard Asso, Erik Arnoux et Brice Goepfert, Larousse, 2006
  • Les Perdus de l’Empire, de Franz et Éric, Le Lombard, 1990

3. Les œuvres de fiction qui utilisent le contexte de l’époque

  • Vidocq. 1, le Suicidé de Notre-Dame, de Richard D. Nolane et Sinisa Banovic, Soleil, 2015
  • La Nuit de l’empereur. 1, de Patrice Ordas et Xavier Delaporte, Bamboo, 2015
  • La Banque, première génération. 1 à 3, de Philippe Guillaume, Pierre Boisserie et Julien Maffre, 2014 -2015
  • L’Homme de l’année, 1815, de Sébastien Latour et Gin, Delcourt, 2013
  • Le singe de Hartlepool, de Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau, Delcourt, 2012
  • L’espion de l’Empereur, de Bruno Falba et Sibin Slavkovic, Joker, 2012
  • Ils étaient dix, 1 à 6, d’Éric Stalner, Editions 12 bis, 2009
  • Les fils de la louve : La Louve et l’Aigle, de Patrick Weber et Fernando Pasarin, Lombard, 2008
  • Double masque, 1 à 6, de Jean Dufaux et Martin Jamar, Dargaud, 2004 à 2013
  • Pyramides. 1 à 3, Didier Quella-Guyot et Sophie Balland, EP Editions, 2004 à 2006
  • Shandy. 1 à 2, Matz et Dominique Bertail, Delcourt, 2004 à 2006
  • Les fils de l’Aigle, 1 à 11, de Michel Faure et Daniel Vaxelaire, Theloma, 1985 à 1998
  • Le Décalogue. 8, Nahik, Frank Giroud et Lucien Rollin, Glénat, 2002
  • Arno, Le pique rouge. 1 à 6, de Jacques Martin et Jacques Juillard, 1984 -1990

4. Les uchronies

  • Le Triangle secret : Hertz, 4 et 5, La Troisième mort de l’empereur, de Didier Convard, Éric Adam et Gine, Glénat, 2014 et 2015
  • Jour J. 17, Napoléon Bonaparte : 1799, le fils adoptif du père de la nation américaine part à la recherche de l’eldorado, de Fred Duval, Jean-Pierre Pecau et Mr Fab, Delcourt, 2014
  • Jour J. 11, La Nuit des Tuileries : 1795, 4 ans après la mort du roi, les armées de Marie-Antoinette marchent sur Paris, de Fred Duval, Jean-Pierre Pecau et Florent Calvez, Delcourt, 2012
  • Waterloo 1911. 1 à 3, de Thieery Gloris et Emiliano Zarcone, Delcourt, 2008 à 2012
  • Empire. 1 à 3, de Jean-Pierre Pecau et Igor Kordey, Delcourt, 2006 -2007

 5. Les bandes dessinées d’humour

  • Napo et nous. 1, La Pyramide de l’aigle : l’Empire est devant nous de Jean-Pierre Dirick, Editions Arcimboldo, 2015
  • Le Petit Napoléon illustré de Jean-Claude Carrière et Pierre Etaix, Editions Wombat, 2015
  • Napoléon et Bonaparte, de Jean-Marc Rochette, Casterman, 2000
  • Godaille et Godasse, 1 à 5, de Raoul Cauvin et Jacques Sandron, Dupuis, 1982 à 1988
Juil 23, 2015

Napoléon et la bande dessinée ! A première vue, le rapport n’est pas évident. Pourtant, l’Empereur et son mythe sont les sujets d’une petite centaine d’albums. Franco-belge, roman graphique, recueil d’illustrations ou encore manga, tous les genres ont profité du souffle épique de l’histoire napoléonienne. Différents projets soutiennent ces récits : glorification du personnage, glorification de la France et de son histoire, moquerie, critique ou encore uchronie, tous ces albums racontent un aspect de l’histoire et en disent finalement plus sur leurs auteurs et l’époque qui les voit apparaître que sur Napoléon lui même.

Sans prétendre à l’exhaustivité, nous allons explorer quelques pistes pour cerner les rapports du 9e art avec l’Empire. Stéphane Dubreil repart aux origines de la bande dessinée avec Job (1858-1931), premier illustrateur à prendre l’histoire du Premier Empire comme sujet quasi exclusif au profit d’un projet politique nationaliste et guerrier. L’histoire de cette période avec son lot de mystères et sa part d’héroïsme se prête facilement au romanesque. Thierry Lemaire a rencontré Patrick Bouhet, historien spécialiste du Premier Empire, qui décrypte, pour Cases d’histoire, le premier tome de la série La Nuit de l’Empereur (Ordas et Delaporte, éditions Grand Angle). Le Singe de Hartepool (Moreau et Lupano, éditions Delcourt), histoire véridique aux résonances très contemporaines, fait l’objet d’une lecture très attentive de la part de notre partenaire italien Fumettologica, tandis que La Bataille, d’après le roman de Patrick Rambaud, rompt avec la littérature habituelle consacrée à Napoléon. A Essling, l’Empereur n’est plus le stratège infaillible qu’il semblait être ; et l’héroïsme de la légende laisse la place à l’horreur de la guerre. Mais un grand guerrier ne serait rien sans les femmes qui l’entourent. Thierry Lemaire fait preuve de légèreté et de romantisme, avec un panorama des grandes conquêtes féminines de Napoléon.

Personnage quasi sacré, Napoléon a néanmoins été malmené. Le manga friand d’histoire européenne ne pouvait pas passer à côté d’un tel personnage. Napoléon, de Tetsuya Hasegawa, joue avec les codes historiques et met en scène le Petit Caporal dans le monde de Ken le Survivant. Plus proche de nous, et connues de tous, les saillies drôlissimes de Goscinny ont joué, à une époque qui ne le permettait pas vraiment, avec le mythe, en amusant les lecteurs Français des années 60.

Christophe Girard nous livre quant à lui sa troisième carte blanche et rapproche – quelle surprise ! – Napoléon de Guillaume le Conquérant.

Enfin, Laurent Lessous propose des pistes pour les professeurs d’histoire qui voudraient utiliser la bande dessinée pour enseigner l’histoire du Premier Empire.

Juil 23, 2015

Napoléon et le Premier Empire dans les programmes officiels d’histoire

 

Origines de notre démocratie et de notre vie politique mouvementée, la Révolution et l’Empire sont inscrits aux programmes d’histoire des classes du primaire et du secondaire depuis les débuts de l’école républicaine, obligatoire, gratuite et laïque.

D’après les programmes officiels d’histoire, l’élève aborde la figure de Napoléon Ier et de son empire à trois moments de sa scolarité.

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Tout d’abord en cycle 3, CM 2, le programme indique que le professeur des écoles doit traiter au premier trimestre : Napoléon : la fin de la Révolution, une dictature en guerre contre l’Europe.

Tous les élèves croisent de nouveau le petit caporal en cycle 4, classe de quatrième dans le cours sur la Révolution et l’Empire. Celui-ci est divisé en trois thèmes :

  • Thème I : Les temps forts de la Révolution, les deux derniers temps forts concernent le natif d’Ajaccio, 1799 -1804, du consulat à l’Empire puis, 1804 -1815, Napoléon Ier, empereur des Français
  • Thème II : Les fondations d’une France nouvelle pendant la Révolution et l’Empire, avec l’étude des fondations politiques, économiques sociales et culturelles d’une France nouvelle, l’enseignant bâtit son cours sur une étude de cas, par exemple, la Révolution, l’Empire et les religions ou la Révolution, l’Empire et les guerres.
  • Thème III, la France et l’Europe en 1815, après le congrès de Vienne

A la fin de la classe de troisième, les adolescents qui poursuivent leurs études, fréquentent des lycées généraux, technologiques ou professionnels. Quelle que soit la filière choisie, ils sont de nouveau confrontés dans leurs cours d’histoire, en classe de Seconde, à cette période charnière, lors de laquelle les principes révolutionnaires s’affermissent. Les programmes du ministère précisent qu’il faut obligatoirement étudier la Révolution française comme affirmation d’un nouvel univers politique avec des grands axes problématiques comme la profondeur de la rupture révolutionnaire, ruptures politiques, sociales, économiques et culturelles qui deviennent irrémédiables quand Napoléon Bonaparte est au pouvoir.

Vers la deuxième partie du dossier

Juil 23, 2015

La bande dessinée un médium adapté pour enseigner la complexité d’un personnage et d’une époque auprès des plus jeunes

 

Il est difficile de trouver des exemples d’utilisation de bandes dessinées à des fins pédagogiques sur Napoléon Ier et son empire pour les classes de Quatrième ou de lycée. Le médium n’est sans doute pas l’entrée didactique la plus pertinente pour l’étude d’une période complexe, qu’il faut traiter en un temps limité.

Nous centrerons donc notre propos sur des exemples pédagogiques pour la fin du cycle 3, certains sont adaptables pour la classe de Quatrième.

Le tome 9 de L’Histoire de France en BD, Napoléon et l’Empire de Dominique Joly et Bruno Heitz, aux éditions Casterman est l’ouvrage qui se prête, selon nous, le mieux à un travail de ce type avec des élèves.

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La bande dessinée retrace la vie de Napoléon Bonaparte, de sa jeunesse en Corse à sa mort en exil sur l’île de Sainte-Hélène. L’album suit la chronologie des événements, de la formation à l’école militaire de Brienne aux exils sur les îles d’Elbe et de Sainte-Hélène, en passant par les campagnes d’Italie et d’Egypte, le Consulat puis l’Empire jusqu’à Waterloo. En fin d’album, les douze pages documentaires proposent divers éléments ludiques et informatifs tels que jeux des 7 erreurs, portraits de famille, encadrés chronologiques illustrés sur la vie de l’Empereur, les principales découvertes et inventions de l’époque (crayon Conté, extraction du sucre à partir de la pulpe de betterave ou la pierre de Rosette qui permit la compréhension des hiéroglyphes), ainsi que les lieux où trouver Napoléon de nos jours.

La collection « L’Histoire de France en BD » allie un traitement sérieux de faits historiques à des exercices ludiques en complément de la BD. On y reconnait le style rond de Bruno Heitz, auteur reconnu d’ouvrages pour la jeunesse. Il est ici associé à l’historienne et pédagogue Dominique Joly. L’ouvrage permet aux plus jeunes de mieux comprendre l’ascension politique de Bonaparte, ses succès militaires et son importance pour affirmer les acquis de la révolution. Il replace intelligemment l’homme, Premier consul puis empereur, dans son contexte historique. Ce sujet et son traitement sont en adéquation avec le programme du cycle 3 du primaire (CE1, CM1 et CM2). Est par exemple évoqué la question de l’esclavage et de son abolition dans les Antilles et particulièrement à Saint-Domingue, libéré par Toussaint Louverture.

Nous proposons l’étude de deux passages de la bande dessinée, en classe ou en partie à la maison, pour travailler sur deux aspects importants de l’époque napoléonienne :

  • Les ruptures politiques, sociales, économiques et culturelles du Premier empire de la page 12 à la page 17
  • Napoléon maitre de l’Europe par la guerre de la page 22 à la page 28

De la page 12 à la page 17, en six pages, les auteurs dressent une liste non rébarbative et non exhaustive des changements sociaux et culturels qui sont en œuvre dans les premières années de l’Empire.

Nous proposons donc aux élèves de lire ces six pages, avec eux pour expliciter certains termes peu usités par des enfants d’une dizaine d’années, avant de répondre à un questionnaire et de rédiger une courte trace écrite sur le sujet.

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Réponds aux questions suivantes après avoir lu les pages 12 à 17 de la bande dessinée : L’Histoire de France en BD, Napoléon et l’empire

  • Quelle est la grande qualité de Napoléon soulignée au haut de la page 12 ?
  • Comment réconcilie-t-il les Français entre eux après 15 ans de Révolution ?
  • Qu’est-ce que le Code Civil ? En quoi est-il très important ?
  • Qui sont les « Empereurs au petit pied » ? existent-t-ils encore aujourd’hui ?
  • Pourquoi dit-on que la France a une organisation centralisée ?
  • Qu’est ce qui est créé dans le domaine de l’éducation ? Qui est exclu de ce système éducatif ?
  • Comment Napoléon réforme-t-il l’économie de la France ?
  • Création de la B….. de France
  • Création d’une nouvelle monnaie, le F…. Germinal
  • Les impôts rentrent mieux avec la création des R……… – Percepteurs
  • Les impôts sur la propriété sont plus justes avec l’établissement d’un C……. par des géomètres
  • Le B…… de l’Etat est en équilibre
  • Quels sont les grands travaux que lancent Napoléon Ier ?
  • Des grandes routes sont tracées notamment à travers les A…. vers l’Italie, percement de T……..
  • Des C……. sont mis en chantier
  • On construit des P… sur les grands fleuves
  • Est créée la ville de La –R…… sur Y…. en Vendée
  • La ville de Lyon est embellie par l’aménagement de la place B….. et celle de Bordeaux par la construction du P….. de P…….
  • Quel aspect négatif du régime est souligné à la page 16 ? Quelle liberté est fortement réduite ?
  • Comment s’appelle le contrôle des journaux ?
  • Quels écrivains sont mis à l’écart ?
  • Comment s’appelle la glorification de Napoléon et de son régime par la presse et les arts ?
  • Cite deux tableaux du peintre David qui glorifient le régime.
  • En conclusion, dresse le bilan des changements apportés par Napoléon dans la vie des Français.

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On ne peut étudier l’époque napoléonienne en occultant les conquêtes militaires et la gloire de la Grande armée. De la page 22 à la page 28, les auteurs réussissent le tour de force d’évoquer, en sept pages ; les soldats et leur équipement, la tactique et la stratégie de l’empereur, des batailles célèbres, la guerre en mer et le blocus continental, l’invention du terme de guérilla en Espagne avant de conclure par une carte sur l’Europe française en 1812.

Nous proposons donc aux élèves de lire ces sept pages, avec eux pour faire vivre l’épopée napoléonienne, avant de répondre à un questionnaire et de rédiger une courte trace écrite sur le sujet.

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Réponds aux questions suivantes après avoir lu les pages 22 à 28 de la bande dessinée : L’Histoire de France en BD, Napoléon et l’empire :

  • Quel est le surnom de Napoléon auprès de ses soldats ?
  • Quel est le surnom des soldats français à l’époque ?
  • Pourquoi les soldats suivent Napoléon dans toutes ces campagnes ?
  • Comment s’appelle le meilleur régiment de l’armée ?
  • Décris l’uniforme des chasseurs à cheval de la Garde ?
  • Quel est le grade des officiers qui travaillent avec l’empereur ?
  • Explique la stratégie de l’empereur.
  • Cite quatre victoires évoquées à la page 24
  • Quelle est le dernier ennemi de la France en Europe ?
  • Quels sont les deux moyens de le combattre :
  • Par le B…..   C……….…. pour asphyxier son économie
  • Sur mer, avec l’aide des C…….. qui peuvent s’attaquer aux navires ennemis ; le plus célèbre est S……..
  • En quoi le blocus est-il une arme dangereuse ? Dans quels pays Napoléon est-il obligé de mener la guerre ?
  • Quel ennemi affronte les soldats en Espagne ?
  • Pourquoi Napoléon divorce-t-il de Joséphine en 1810 ?
  • Explique comment Napoléon a pu conquérir l’Europe entière et comment il la dirige à partir de la carte dessinée page 28.

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On peut utiliser certaines des douze pages documentaires en fin d’album pour finaliser l’étude de cette période charnière. Celles concernant les découvertes et inventions : métier à filer, métier à tisser, le crayon Conté, la betterave sucrière, la découverte de l’électricité permettent d’aborder des sujets que l’élève retrouvera quand il étudiera la révolution industrielle du XIXe siècle.

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D’autres bandes dessinées sur Napoléon et l’Empire peuvent se prêter à une étude en cours ou intéresser les élèves pour une lecture loisir, voire un enseignant féru de bandes dessinées historiques, et ils sont nombreux sur notre site.

C’est pourquoi nous vous fournissons une bibliographie sur le sujet, non-exhaustive, forcément non-exhaustive, au vu du nombre d’ouvrages de tous genres sur l’Empereur.

Vers la dernière partie du dossier

Juil 23, 2015

Caroline de Colombier

La première idylle avérée du jeune Bonaparte (il n’a pas encore 17 ans) est à la fois rapide, très platonique, et peu connue du grand public. Lors de son séjour à Valence, affecté au régiment de la Fère pour s’aguerrir après l’obtention de son brevet de l’Ecole Militaire de Paris, le lieutenant en second Bonaparte fréquente la bonne société de la ville. Il y croise la fille de Mme du Colombier, Charlotte Pierrette Anne Grégoire du Colombier, surnommée Caroline – de huit ans son aînée – à laquelle il fait une cour qui ne va pas plus loin que quelques rendez-vous dans la campagne à chaparder des cerises et conter fleurette. Dans le premier tome de ses Napoléon, Pascal Davoz estime que l’épisode mérite d’être évoqué, et laisse le soin à Jean Torton d’en réaliser une représentation qui n’aurait pas déplu à Antoine Watteau. Dans cette version, Napoléon teste ce que les magazines d’aujourd’hui appelleraient les meilleures phrases de drague, comme sorties d’une littérature qui prend sa source dans les romans courtois du Moyen-Âge. Difficile de faire plus fleur bleue.

???

Deux ans plus tard, les choses sérieuses commencent, si l’on en croit Napoléon lui-même, puisque l’épisode est raconté par ses soins. Les amourettes de romans pour jeunes filles ne durent qu’un temps. Le sous-lieutenant Bonaparte est à Paris, il sort du théâtre des Italiens et traverse le Palais-Royal. Le jeune homme sait parfaitement que l’endroit est l’un des haut-lieux de la prostitution à Paris, mais il assure qu’il n’a aucune intention particulière, étant très critique envers ce métier que l’on dit vieux comme le monde. Ce qui ne l’empêche pas d’aborder une « fille » pour s’inquiéter de sa santé (son teint est pâle) et de sa résistance au froid (nous sommes en novembre). Et finalement de l’emmener, un peu contraint par la belle, dans sa chambrette. Et c’est par ce concours de circonstance que le futur empereur perd sa virginité dans les bras d’une femme dont on ne connaîtra jamais le nom. Torton et Davoz, encore eux, reconstituent cet épisode hypothétique en reprenant presque mot pour mot le dialogue dont s’est souvenu Napoléon. La scène est tout en élégance, les corps sont beaux, la conversation charmante, et l’ensemble ne dépareillerait pas dans une comédie romantique hollywoodienne. Une nouvelle fois, le réalisme est secondaire.

 

Joséphine

Qui est donc Joséphine de Beauharnais, née Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, première épouse de Napoléon, éphémère reine d’Italie et impératrice des Français ? Pour Davoz et Torton, décidément spécialistes des épisodes amoureux de la vie du Petit Caporal, c’est l’image de l’aristocrate déchue, retrouvant son rang – et même plus en usant de ses charmes – qui retient l’intérêt des auteurs. Plus tard, c’est l’opposition avec les sœurs Bonaparte et la répudiation pour ne pas avoir pu fonder une dynastie qui procurent les ressorts dramatiques nécessaires à une biographie des plus classiques. Nicolas Dandois, dans ses Napoléon, choisit un angle beaucoup plus original en utilisant Joséphine comme narratrice de la biographie de Napoléon. Le premier volume démarre même par une scène qui décrit les derniers moments de l’Empereur. Sur son lit de mort, à Longwood House, quelques instants avant de rendre l’âme, il croit voir Joséphine à son chevet. Celle-ci est pourtant morte sept ans plus tôt dans le château de la Malmaison. S’engage alors un court et tendre dialogue entre le mourant et le fantôme, où Napoléon dévoile tout l’amour qu’il ressent pour cette femme. Car au-delà des frasques de la Martiniquaise, on peut résumer le personnage de Joséphine au fait qu’elle fut le seul grand amour du Corse. Pour preuve ultime, la dernière filleule de l’Empereur (certains prétendent qu’elle en est la fille naturelle), née à Sainte-Hélène en 1818, est nommée Joséphine Napoléone de Montholon.

 

Marie Walewska

Si Joséphine de Beauharnais est répudiée en décembre 1809, c’est un peu à cause de la polonaise Marie Walewska, que Napoléon rencontre en 1807. L’enfant qu’elle attend de l’Empereur confirme un peu plus (Eléonore Denuelle de La Plaigne, lectrice de Caroline Bonaparte, avait déjà donné en 1806 un fils au maître de la France) que ce dernier n’est pas stérile. L’absence de grossesse de Joséphine, qui avait eu auparavant deux enfants, n’est donc pas due au militaire corse. Mais le personnage de Marie Walewska, bien que très important dans l’histoire de la Pologne (elle a œuvré pour la résurrection de son pays auprès de son amant ; qui créa finalement un éphémère duché de Varsovie qui disparaîtra avec lui) est secondaire dans l’épopée napoléonienne. Très peu de bandes dessinées y font allusion. Nicolas Dandois la fait apparaître après la seconde abdication, dans les jardins du château de la Malmaison. Elle argumente une fois de plus avec son ancien amant, mais cette fois pour le convaincre de partir à l’étranger pendant qu’il en est encore temps. Aux Etats-Unis ou ailleurs, mais avec elle et leur fils Alexandre. Napoléon ne répondra pas à cette proposition romantique. Marie Walewska est-elle la femme qui a le plus aimé Bonaparte ? On peut le penser, puisqu’elle avait déjà fait le voyage de l’île d’Elbe en compagnie de leur fils pour revoir l’Empereur, pourtant déchu et exilé. Comme Joséphine, la jeune femme meurt avant son amant en 1817, à l’âge de 31 ans.

 

Marie-Louise d’Autriche

La raison d’État est toujours plus forte que les sentiments personnels. La fille de François Ier d’Autriche va vivre cet adage en étant mariée à l’un des plus fervents ennemis de son père, suite à la défaite des troupes de son pays à la bataille de Wagram. Souhaitant à la fois resserrer les liens entre la France et l’Autriche pour créer un axe Paris-Vienne contre le Tsar, et trouver un « ventre » (comme le dit lui-même le futur mari) pour fonder enfin une dynastie, Napoléon choisit d’épouser Marie-Louise, après son divorce d’avec Joséphine. On imagine le peu d’entrain de la jeune Autrichienne (elle a 18 ans) à épouser et se donner à « l’ogre corse ». Elle le fera toutefois par esprit de sacrifice. Les revers de l’Empereur montreront que la nouvelle impératrice se considère toujours plus autrichienne que française. Pas facile alors de mettre en scène un tel personnage lorsque l’on veut rendre hommage au natif d’Ajaccio. Fred et Lilyane Funcken évoquent la jeune femme dans une histoire courte intitulée « Le Fils de l’Aigle », centrée sur les premières années de Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, roi de Rome. Les deux auteurs réussissent toutefois le tour de force de ne montrer à aucun moment le visage de la mère, décrite comme entièrement dévouée à sa patrie autrichienne, forçant son enfant à s’éloigner du pays de son père.

Juil 23, 2015
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