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CeltilcouvL’empereur Néron, star des péplums, a peu intéressé la bande dessinée avant le succès du Murena de Jean Dufaux et Philippe Delaby. Parmi les rares auteurs à avoir mis en scène cet empereur fou, on se rappelle moins Philippe Masson et son album Celtil, paru en 1986.

 

Celtil est un centurion gaulois qui profite d’une permission pour visiter Rome en compagnie de son esclave Glaucos. Au hasard des – mauvaises – rencontres, le centurion en vient à devenir gladiateur de l’empereur, découvre un complot visant à le destituer, et tente de le sauver.
On a là tous les ingrédients classiques du péplum : une première scène, dans une taverne, où des gardes du prétoire molestent une pauvre jeune femme, de belles matrones aux coiffures fantasques appréciant la semi-nudité de gladiateurs gaulois ou numides, de jeunes garçons partageant la couche de riches Romains, une scène d’orgie où une gladiatrice-amazone sort d’un gâteau pour combattre notre héros sous les cris enthousiastes de sénateurs en toge, et même l’apparition fugace de chrétiens prêts à prendre leur revanche sur Néron.

Le portrait de l’empereur est en revanche moins conventionnel. Certes, le Néron de Masson ressemble à s’y méprendre, du moins physiquement, à celui du fameux Quo Vadis de Mervyn LeRoy (1951) ; jusqu’à reprendre les traits de Peter Ustinov, l’acteur qui l’incarne à l’écran. Cela dit, le Néron que protège Celtil est un homme inoffensif, que son goût des arts pousse à haïr la violence et qui ne comprend pas le plaisir que peut éprouver sa cour à la vue du sang. Ici, le ridicule appelle à la compassion, et ce Néron en devient même attachant. Il est de fait moins dangereux que les comploteurs que compte sa cour, désignés comme les vrais ennemis de Rome. La scène finale parvient même à redorer l’image du personnage, courageux face à la mort et soucieux de ce qu’il laisse à la postérité.

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P.23 : le Néron de Celtil, presque timide, préfère s’éclipser pour ne pas voir les gladiateurs se battre à mort pour lui.

Si le public visé n’est clairement pas le même, Philippe Masson s’inscrit cependant dans la veine de Jacques Martin par son dessein très classique, mais aussi par une recherche de la véracité historique qui tourne parfois au didactique. Des cartes viennent expliquer au lecteur la situation de l’Empire en cette année trouble de 69 ap. J.-C., et les quelques vues de Rome, comme les restitutions d’entraînements et de combats de gladiateurs, témoignent d’un réel effort de documentation. Au fond, Celtil se présente comme un Alix pour adultes.

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P.11 : un entraînement de gladiateurs où sont utilisées des armes en bois. Le déséquilibre des équipements permet de souligner le courage du héros mais nuit à la vraisemblance de la scène.

L’album a sûrement souffert de son manque d’originalité, et n’a pas connu grand succès au moment de sa sortie. Ce qui était présenté comme le début d’une série promettant de rendre vie à cette « année des quatre empereurs » qu’est 69 ap. J.-C., très peu représentée dans la fiction, se résume en fait à ce volume unique sur la fin de Néron. Celtil peut aujourd’hui être relu comme un témoin daté d’un certain traitement de l’Histoire, entre influence du péplum et volonté de représenter l’Antiquité de manière réaliste et documentée, poussée jusqu’à inclure régulièrement dans le texte des citations tirées des grands auteurs anciens.

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P.6 : une vue du forum romain surplombé par le Capitole

 

Avr 01, 2016
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© Marini/Dargaud

Après le théâtre au XVIIe siècle, puis la littérature post-romantique au XIXe siècle (avec notamment Salammbô, de Gustave Flaubert), la Rome antique conquiert tout naturellement le cinéma et la bande dessinée dans la première moitié du XXe siècle. Depuis, cette époque s’est imposée comme l’un des sujets de prédilection de la BD historique. Paradoxalement, malgré une profusion d’albums et quelques best-sellers, seules quelques bribes de la riche histoire de la Rome antique ont jusqu’à présent attiré l’attention des auteurs de bande dessinée. Ce qui laisse donc le champ libre aux créateurs qui ambitionneraient de remplir certains vides. (suite…)

Avr 01, 2016

Les albums de bandes dessinées sur Rome comme leurs cousins cinématographiques , les péplums, sans scène d’orgie sont rares. Pour le spectateur/lecteur, avec les jeux du cirque, l’orgie marque l’époque. Mais elle la définit en creux sans vraiment savoir pourquoi de telles scènes font partie de notre « imaginaire romain ». Peintres, graveurs, affichistes, illustrateurs ont depuis quatre siècles, au moins, produit une iconographie orgiaque riche et variée qui reflète à la fois la vision qu’ils ont du monde romain et un flirt transgressif avec la morale qui varie suivant les moments.

L’orgie antique

L’orgie contrairement au lieu commun n’est pas un banquet durant lequel tout est permis, durant lequel toute les barrières morales sautent. Très codifiées, ces cérémonies sont, à l’origine, des moments sacrés. Mircea Eliade les associe au début de l’agriculture, il les décrit comme des fêtes célébrant la régénération du cosmos qui donne aux hommes chaque année de nouvelles récoltes. Les Grecs les organisaient en l’honneur de Dionysos, les Romains de Bacchus mais le vin tenant une grande place dans ces mystères les débordements étaient courants et les Bacchanales n’avaient pas bonne réputation. Très loin des principes originels de ces cérémonies, les images de repas débridés, aux jeux sexuels sans limites s’imposent pour symboliser l’Empire romain et sa pseudo décadence.

Une certaine vision de la décadence romaine, l’orgie ou le début de la fin de l’Empire

Certains auteurs romains comme Suétone ont raconté l’histoire des débuts de l’Empire en insistant sur les travers et les excès des César du premier siècle. Ces écrits, et d’autres, façonneront la vision de l’empire pendant des siècles. Ils serviront les thèses défendues par les promoteurs d’une décadence morale qui ne pouvait qu’entrainer la fin de l’Empire. L’image d’un pouvoir décadent s’est ensuite installé avec les premiers pères de l’Eglise soucieux de démarquer la morale chrétienne de celle supposée plus relâchée des Romains. Néron et ses turpitudes arrivent souvent en première place des relectures chrétiennes. Il faut aussi noter que seules les élites politiques, économiques ou militaires sont concernées. Le peuple des villes ou des campagnes ne semblent pas être adeptes des orgies, il peut en être victime quand des jeunes hommes ou des jeunes femmes sont capturés pour servir le plaisir des maitres de céans.

Pendant très longtemps, l’intérêt pour l’histoire de Rome suit trois axes : les écrivains latins qui ont été redécouverts, avec les penseurs grecs à la Renaissance ; une peur/fascination de la décadence qui pourrait advenir aux systèmes politiques européens et enfin, l’attirance pour l’art antique qui a traversé le temps notamment dans de grandes collections royales et pontificale, art antique considéré comme le canon de la beauté et enfin

La découverte du roman picaresque de Pétrone « Satyricon » à la fin du XVe siècle qui raconte dans une langue vivante et imagée les aventures sexuelles de plusieurs jeunes hommes redonne un coup de fouet à la vision décadente d’un empire en proie au vice. Une des parties du roman se déroule lors d’un festin fabuleux donné par Trimalcion. Ces scènes vont fixer pour longtemps l’image de l’orgie. Les relations homosexuelles des jeunes hommes, héros du récit, ne sont pas vraiment en phase avec la conception chrétienne de la sexualité. S’ajoute à ces fantasmagories littéraires, les découvertes au XVIIIe siècle, des fresques érotiques de Pompéi et de nombreux objets ou sculptures à motifs sexuels retrouvés dans les collections, les cabinets de curiosités ou lors des fouilles qui s’intensifient à partir du XVIIe siècle. Tout cela concourt à faire de Rome un gigantesque lupanar.

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Fresque érotique découverte à Pompéi.
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Représentation du Dieu Pan. On connait aussi beaucoup d’image de satyres arborant un sexe de taille imposante. On est loin de l’image de la divinité chrétienne telle que l’impose la catholicisme.

 

Deux livres du XVIIIe siècle l’incarnent. Decline and Fall of the Roman Empire de Edward Gibbons publié entre 1776 et 1788, il sera publié en France en 1812, et le livre de Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence publié en 1734 qui inspira probablement Gibbons. Si les « déviances morales » des Romains ne sont pas complètement au centre de ces livres importants, les écrivains et les intellectuels qui les ont utilisés, se sont souvent arrêtés au titre pour se concentrer sur la notion de décadence sans vraiment se pencher sur ses raisons. Un peuple aussi puissant et socialement avancé que les Romains ne pouvaient qu’avoir été vaincu à cause d’une certaine dissolution des mœurs qui a entrainé tout le reste. Les hypothèses de Gibbons et de Montesquieu ont longtemps prévalu et se sont imposées comme vérités. Elles n’ont été battues en brèche qu’au cours des années des années 60 par de grands historiens comme Henri Irénée Marrou ou Paul Veyne.

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Les peintres ont accompagné ce mouvement. Si les conventions empêchent les scènes pornographiques dans la peinture classique, l’antiquité romaine est peuplée d’hommes et de femmes à demi dénudés, entre érotisme élégant et souvenir d’un Éden perdu comme en témoignent de nombreuses composition de Poussin. Le XIXe siècle va reprendre à son compte cet imaginaire en le théâtralisant plus encore. Le tableau le plus célèbre est celui de Thomas Couture qui dépeint « Les romains de la décadence » en 1847. Ce tableau est codé car l’artiste, républicain militant, s’est représenté habillé sur le côté. Il regarde avec circonspection la scène qui montre comment les Républicains de la Révolution de 1848 représentaient les mœurs politiques de la Monarchie de Juillet. Nous verrons plus loin que les représentations orgiaques servent toujours à caractériser négativement un milieu ou un personnage. Dans un registre plus explicite et moins politique, il ne faut pas oublier Paul Avril qui illustra les Sonnets licencieux de l’Arétin en mettant en scène un archétype de l’Orgie romaine, il y a beaucoup d’autres exemples.

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Les Romains de la décadence de Thomas Couture. © RMN
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Une des illustrations réalisées par Paul Avril pour un Manuel d’érotologie classique (1907). Chaque illustration a pour cadre un moment de l’Histoire antique. L’époque romaine est évidemment représentée par une orgie.

 

Le péplum et l’orgie

Le XXe le cinéma va ajouter encore à cette habitude iconographique. Il est presque impossible de réaliser un péplum sans orgie. Le public le demande et l’attend. Quelques orgies cinématographiques..

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L’orgie romaine réalisée par Louis Feuillade, 1911. Dès le début de péplum, l’orgie est là. La morale est sauve mais le public a tous les éléments pour décrypter ce qu’il voit.
Le Signe de la Croix
Le signe de la croix réalisé par Cécil B. DeMille, 1932. L’histoire de Néron a souvent été utilisée au cinéma, à la fois pour sa mise en cause des chrétiens dans l’incendie de Rome et pour ses mœurs dépravées qui offraient aux cinéastes de nombreuses occasions de placer de belles orgies. © DR
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Quo Vadis réalisé par Melvyn LeRoy, 1951. On retrouve Néron et sa Rome décadente. L’aspect sexuel est toujours suggéré, jamais montré.
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Quo Vadis réalisé par Melvyn LeRoy, 1951. Encore un lieu commun de l’orgie : les Romains mangent couchés, ce qui est propice au débordements sexuels et ils mangent n’importe quoi. Goscinny saura détourner le nom d’extravagantes recettes de cuisine romaine pour mener l’orgie où on l’attendait pas : l’humour.

 

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Fellini Satyricon, réalisé par Federico Fellini, 1969. Le roman de Pétrone est revu par le génie de Fellini. Le banquet donné par Trimalcion est un moment visuel impressionnant avec des maquillages, des costumes et des éclairages très loin des coutumes romaines mais très en phase avec les années 60. Interdit au moins de 12 ans, à sa sortie, le film a reçu un excellent accueil critique.
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Caligula réalisé par Tinto Brass, 1979. Le film « raconte » l’histoire de l’empereur Caligula. C’est le pendant cinématographique de la production d’Elvifrance qui place des orgies dans toutes les histoires et dans toutes les situations.
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Caligula réalisé par Tinto Brass, 1979.

 

L’orgie en bande dessinée

Les auteurs de bandes dessinées héritent de ces différentes traditions picturales et intellectuelles. Mais l’objet même de l’orgie, par son côté transgressif, permet à des auteurs de styles et d’envies très différents de s’exprimer.

Trois types d’albums utilisent les orgies.

Les albums humoristiques

Nous ne citerons qu’un exemple car c’est probablement le premier et les références utilisées par les auteurs étonnent. Il s’agit de Astérix chez les Helvètes. Plusieures courtes scènes d’orgies hilarantes ont marqué les lecteurs.

Ces scènes font référence explicitement à certaines scènes du Satyricon de Fellini : même cadrage, même couleurs, même maquillage. Toute la charge érotique a été gommée, Goscinny et Uderzo vont pousser les images et les dialogues le plus loin possible pour faire rire le lecteur et cela finalement dans un seul but : amener les gags qui parsèment l’album basés sur la conception très différentes qu’ont les Helvètes et les Romains de la propreté. Une question se pose cependant : qui parmi les lecteurs d’Astérix en 1970 a vu le film de Fellini interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en 1969. Autrement dit qui parmi les lecteurs pouvaient faire le lien entre le cinéma d’avant-garde et la BD populaire. Finalement, le lectorat n’y verra probablement que la confirmation de ce qu’avait dû être l’Empire romain.

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Fellini Satyricon réalisé par Federico Fellini, 1969.
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Astérix chez les Helvètes, René Goscnny et Albert Uderzo, 1970. ©Editions Albert René.
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Astérix chez les Helvètes, René Goscnny et Albert Uderzo, 1970. ©Editions Albert René. Tous les lieux communs de l’orgie sont réunis dans cette planche : sexe suggéré, sado-masochisme avéré (ce qui est étonnant dans un album pour la jeunesse), excès de nourriture, femmes débordantes aguicheuses, danse érotique, excès de vin, plats tellement incroyables qu’ils nous paraissent adaptés à la situation, esclaves à disposition pour le bon plaisir des patriciens romains…. et en plus c’est hilarant.

 

Deuxième série d’albums, les albums érotiques ou pornographiques.  Au même moment qu’Astérix chez les Helvètes, on trouve une grande production, surtout italienne, connue sous le titre français La Vénus de Rome. Les personnages féminins sont principalement Messaline, Poppée ou Fulvia et les anecdotes scénaristiques sont souvent tirées de Suétone…. Ces séries ne sont pas franchement pornographiques bien que les orgies y tiennent souvent une place de choix. Sans elles, la série n’aurait, disons le aucun intérêt.

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Dans les années 80-90 arrivent des nouveaux petits formats, toujours publiés par Elvifrance. Si les références à l’antique sont là, elles sont très loin de Suétone et c’est un délire pornographique qui prédomine. L’orgie n’a plus besoin d’une quelconque justification historique. D’ailleurs, Rome n’est plus le seul décor de ces histoire, toute l’antiquité y passe. L’orgie n’est présente que pour une seule et bonne raison. Peut-on dire que c’est l’aboutissement de l’iconographie orgiaque ? Enfin ! les orgies sont représentées suivant les fantasmes des auteurs et des lecteurs sans être travestie par le bon goût.

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La Guerre des Gaules vue par dessous la ceinture. Les scènes d’orgie n’ont besoin d’aucune justification.

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Dernier type de BD, les albums qu’on pourraient qualifier de « sérieux » en tout cas des albums dont l’histoire n’est pas centrée sur l’orgie mais sur l’époque ou le côté romanesque de ses personnages. Dans tous ces albums, la représentation de l’orgie répond à des critères bien précis : ancrer l’histoire dans l’époque romaine, les clichés ont la vie dure et surtout à caractériser les personnages des histoires.

On remarque encore que ce sont toujours les élites qui organisent ou participent aux orgies. Que ce soit dans Murena ou dans Alix, les gens modestes font le service ou se promènent nus et sont là pour le plaisir des hôtes. C’est très clair dans cette planche de Vae Victis.

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Vae Victis. Simon Rocca et Jean-Yves Mitton. (c) Editions Soleil.

 

On peut considérer que le lecteur est informé très vite par le prisme orgiaque sur les caractères. Un personnage qui refuse l’orgie est forcément droit, ses préoccupations personnelles et morales sont supérieures. C’est le cas d’Alix dans le dernier volume sorti récemment. Alix est inquiet pour Heraklion, il quitte l’orgie organisée par Marc Antoine pout aller voir son pupille. Cette scène sert aussi à qualifier Marc Antoine qui gaspille sont temps et son énergie en fêtes plutôt que de protéger Rome comme César qui guerroie au loin le lui a demandé. Marc Jailloux n’innove pas totalement car Jacques Martin a déjà dessiné des orgies ans d’autres albums avec les mêmes intentions. Il a aussi produit un magnifique dessin vendu aux enchères sur lequel on peut voir tous les jeunes gens sont nus sauf Alix et Enak.

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Par delà le Styx. M. Jailloux, M. Breda, J. Martin. Editions Casterman, 2015. On retrouve peu ou prou, les mêmes motifs que dans Astérix chez les Helvètes mais dans un autre style graphique. Alix ne cherche pas à faire « rigoler ».
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Le festin d’Ostie, Jacques Martin, planche non reprise dans L’Odyssée d’Alix.

Autre exemple de l’utilisation de l’orgie avec Murena. Delaby et Dufaux parviennent à conserver à leurs scènes orgiaques un aspect très érotique presque pornographique pour les versions « adultes » mais ces moments loin d’être gratuits sont insérer dans la trame narrative pour, là encore, caractériser les personnages. En une seule image, on comprend le caractère de Poppée, d’Agrippine ou de Néron. L’efficacité est maximale : ils n’ont aucun sens moral et sont prêts à tout pour satisfaire leur désir et leur plaisir.

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Murena intégrale, J. Dufaux et P. Delaby, Editions Dargaud. Autre orgie dans un style réaliste, très loin de celui de Jacques Martin. Toujours les mêmes scènes et les mêmes détails mais avec un érotisme plus affirmé, et un public peut-être un peu différent. La nudité, certaines postures et la proximité très grande des corps et des personnages renforcent cette impression. Comme Thomas Couture, les auteurs ont placé un personnage, en bas à gauche, Britannicus, qui observe la scène. Par son attitude réfléchie et son abstinence, il s’extrait de la scène et de la société qui l’entoure. Il ne partage pas les valeurs des cette cour de buveurs dépravés. Il le paiera cher. Participer ou non à une orgie, voilà une des lignes qu’un personnage de BD traverse ou pas pour se révéler au lecteur.
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Murena intégrale, J. Dufaux et P. Delaby, Editions Dargaud. La mort de Claude, l’empereur empoisonné par Agrippine. L’orgie devient alors le moment où tous les coups sont permis puisque tout est permis.
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Murena intégrale, J. Dufaux et P. Delaby, Editions Dargaud. Une scène rare dans l’iconographie orgiaque : une scène de théâtre qui permet aux auteurs de montrer une facette encore inconnue d’un personnage.
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Murena intégrale, J. Dufaux et P. Delaby, Editions Dargaud. Cette scène est remarquable par sa construction en miroir, une sorte de champ contre champ cinématographique. C’est le débordement ultime de l’orgie : la mort violente lors d’un combat regardé par des femmes impassible. Comment définir plus efficacement le caractère de Poppée, caressant la panthère de son esclave/mercenaire, qu’en la plaçant à ce moment là et à cet endroit là ? Dans Murena, Jean Dufaux est parvenu à utiliser l’orgie dans une grande variété de moments qui lui permettent à chaque fois de faire avancer le scénario sans fioritures.

 

 

 

 

Avr 01, 2016

Référencer toutes les bandes dessinées traitant de l’Antiquité : c’est le défi que s’est fixée Marjorie Fontaine, professeur de Lettres Classiques, avec l’aide de son collègue Thomas Frétard. Le site « Arrête ton char », dédié aux langues et cultures de l’Antiquité aujourd’hui, accueille la base de données qu’ils entretiennent en ligne, référençant ce jour près de 1700 albums. Nous avons demandé à Marjorie Fontaine de nous parler de ce projet, et de sélectionner pour nous ses dix bandes dessinées préférées sur la Rome antique. (suite…)

Avr 01, 2016
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Marc Jailloux. Photo Sophie Hervier

 

Reprendre un héros qui a marqué l’histoire de la BD n’est pas chose facile, pas plus que redonner vie à une époque lointaine quand le père du personnage d’origine l’a tellement marqué que sa vision est devenue canonique. Marc Jailloux en est à son troisième Alix. Avec Mathieu Breda au scénario, il a redonné souffle et vigueur à une série qui menaçait ruine. Il a dû actualiser la vision de l’antiquité à l’aune des recherches récentes tout en gardant la ligne sans tenir compte des nouvelles séries sur le monde romain. Ancien assistant de Gilles Chaillet, Marc Jailloux est entré dans l’univers Martin par la reprise d’Orion. (suite…)

Avr 01, 2016
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Astérix tome 34, Le Papyrus de César, extrait de la couverture (Didier Conrad)

A l’automne dernier paraissaient tour à tour le tome 34 de la série Alix (Par-delà le Styx, de Mathieu Bréda et Marc Jailloux), et le quatrième tome de son sequel Alix Senator (Les Démons de Sparte, de Valérie Mangin et Thierry Démarez). La série phare de Jacques Martin, créée en 1948 dans le Journal de Tintin, touche encore un large lectorat. Pourtant, les attentes du public ont bien changé depuis les premiers albums, notamment en ce qui concerne le traitement de l’Histoire. De fait, scénaristes et dessinateurs nous ont habitués à des représentations de plus en plus précises et documentées de l’Antiquité, tant dans le déroulement des faits historiques que dans les costumes et décors. Les représentations de Rome, centre symbolique de notre imaginaire antique, sont un exemple particulièrement frappant de cette évolution. D’Alix l’intrépide (1948) aux Démons de Sparte (2015), les visages que les illustrateurs donnent à la Ville éternelle en disent long sur notre vision de l’histoire antique.

 

Une Antiquité en carton-pâte

L’ambition affichée du Quo Vadis de Mervyn Leroy, sorti en 1951, est de recréer la Rome impériale. Sa bande annonce égrène les moyens mis en œuvre pour donner vie à la ville, entre le tournage à Rome même, l’utilisation de la couleur et un nombre de figurants jusqu’alors inédit. En revanche, à la même époque, la bande dessinée se contente de suggérer l’Antiquité par un décor fait de quelques colonnes et d’aplats de pourpre.

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Alix l’intrépide, p.19 (1956) : pour représenter le palais du gouverneur romain, Jacques Martin glisse un certain nombre de symboles de « romanité » dans son décor : de larges colonnes de marbre rose, une statue de la louve du Capitole (et même ses jumeaux pourtant ajoutés à la Renaissance…) et le fameux SPQR, « senatus populusque romanus ».

Bien sûr, les moyens mis en œuvre dans le péplum et la bande dessinée ne sont pas les mêmes, et la documentation est à l’époque difficilement accessible. Mais il faut aussi garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas alors de représenter une Antiquité historiquement juste, mais d’évoquer par quelques éléments facilement reconnaissables un contexte antique assez vague. D’où la prégnance d’un imaginaire populaire largement hérité de la peinture d’histoire du XIXème siècle, notamment des œuvres bien connues de Jean-Léon Gérôme.

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Alix, tome 6, Les Légions perdues, p.8 (1965). Jacques Martin reprend la mise en scène et jusqu’au titre du tableau Ave César, morituri te salutant… pour lequel Gérôme avait transformé en mythe ce qui n’était qu’une anecdote littéraire.
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Le tableau de Jean-Léon Gérôme, « Ave Caesar, morituri te salutant » (1859).

Rome n’est ici que le simple décor d’une intrigue centrée sur les personnages, et le découpage des planches s’en ressent : les premiers Alix sont composés de petites cases verticales, parfaitement adaptées à un texte prolifique et à la mise en scène des personnages mais ne mettant aucunement en valeur le décor dans lequel ils évoluent.

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Alix l’Intrépide, p.43 (1956) : le choix de cases verticales permet de centrer sur le combat des gladiateurs ou les dialogues entre personnages.

 

Une Rome monumentale

Le cheminement de Jacques Martin, que d’aucuns reconnaissent comme l’inventeur de la bande dessinée historique, progresse rapidement vers un plus grand souci de réalisme historique. Ses décors sont à la fois de plus en plus travaillés et de plus en plus « justes ». Lorsqu’Alix retrouve le chemin de l’arène dans Roma, Roma (tome 24, publié en 2005), c’est dans un amphithéâtre de bois qu’il combat et non plus dans un Colisée complètement anachronique. De même, la Curie qui était ronde dans Le Fils de Spartacus (tome 12, 1975) retrouve sa forme historique, que l’on peut encore observer aujourd’hui, dans Les Barbares publié en 1998 (tome 21).

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Alix, tome 12, Le Fils de Spartacus, p.13 (1975) : d’une Curie ronde…
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Alix, tome 21, Les Barbares,  p.10 (1998) : … à une Curie carrée.

Ce souci de réalisme historique confère à Alix une valeur didactique qui lui vaut les grâces des bibliothécaires de tous les collèges, et même l’entrée dans certains manuels scolaires. Que Martin décline la formule avec des séries dérivées relève de la même volonté pédagogique : Orion (1990), Kéos (1992), et Jhen (créé en 1984 sous le titre Xan) mettent respectivement en scène la Grèce antique, l’Egypte pharaonique et une France médiévale en pleine Guerre de Cent Ans. Quant aux décors, ils sont particulièrement à l’honneur dans Les Voyages d’Alix dont deux tomes sont consacrés à Rome en 1996 et en 1999. Ces deux albums dessinés par Gilles Chaillet marquent d’ailleurs le début d’un tournant dans la représentation de Rome dans la bande-dessinée. Chaillet travaille alors à son fameux plan de Rome, publié en 2004 dans un ouvrage intitulé Dans la Rome des Césars, et s’inspire d’une maquette réalisée à partir des années 1930 par Italo Gismondi pour restituer la ville au IVe siècle ap. J.-C. Dans la Rome des Césars reprend la structure des Voyages d’Alix où une intrigue assez simple invite le lecteur à suivre un personnage dans sa visite de la ville. On est donc dans un genre hybride, entre la bande-dessinée et la restitution architecturale, où des textes à la fois narratifs et explicatifs alternent avec des dessins. Ces images de la maquette de Gismondi, mises à plat par Chaillet, s’imposent peu à peu comme la silhouette canonique de Rome. Au point que l’angle Nord-Ouest choisi par Chaillet pour dessiner son plan est repris presque systématiquement dans toutes les vues aériennes de la ville.

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Alix Senator, tome 1, Les Aigles de Sang, p. 6 (2012) : Démarez reprend une vue du plan de Rome de Chaillet.
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Plan de Rome dont l’on trouve des extraits dans Les Voyages d’Alix, Rome (I), p.43 (1996).

Rome en vient même à dépasser son statut de simple décor pour prendre de plus en plus de place dans les bandes dessinées, où de larges plans voire des doubles pages lui sont entièrement dédiés. La ville devient par exemple un personnage à part entière, pour ne pas dire le personnage central, de La Dernière prophétie de Chaillet, série en cinq tomes publiée entre 2002 et 2012, où le héros a pour rôle, très secondaire, de voir se dérouler devant ses yeux divers épisodes de l’histoire romaine.

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La Dernière prophétie, tome 1, Voyage aux Enfers, p.14-15 (2002).

 

La palpitation d’une ville

Ce souci de vraisemblance historique est désormais bien ancré dans la bande dessinée antique. En témoignent les dossiers et bibliographies qui se trouvent à la fin de Murena ou encore les liens vers des sites internet faisant la part de l’Histoire et de la fiction dans les nouveaux Alix Senator. Cela se couple cependant chez les héritiers de Jacques Martin d’une volonté de raconter une Antiquité moins figée et de dessiner des villes vivantes et non plus des maquettes monumentales. Les rues et les places se remplissent, le poids du temps se fait sentir sur des murs fissurés et griffonnés de graffitis ; et, aux grands monuments imposants ayant fait la renommée de la Rome impériale, on préfère les ruelles sales de Subure.

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Alix Senator, tome 1, Les Aigles de sang, p.20 (2012) : Alix, dans sa litière de Sénateur, se promène dans une rue commerçante et populaire de Rome.

Les lieux symboliques de la Rome antique, tel le Forum Romain, ne sont pas pour autant abandonnés. Mais le point de vue change, et le lecteur ne reconnaît plus ces images devenues familières, aux cadrages souvent identiques, tirées de la Rome de Chaillet.

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Alix Senator, tome 3, La Conjuration des rapaces, p.41 (2014) : une vue juste mais atypique du Forum Romain, au petit matin, dans la brume. Le Capitole qui surplombe habituellement le Forum disparaît dans ce cadrage inhabituel qui regarde vers le Sud, où se dresseront quelques années plus tard la Maison Dorée de Néron puis le Colisée.

De même, par souci d’historicité autant que pour donner plus de vie à cette Rome de marbre, certains illustrateurs comme Démarez, Jailloux ou Marini n’hésitent plus à colorier ces monuments qui devaient être à l’époque chatoyants.

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Les Aigles de Rome, tome 2, p.1 (2009).

La série Les Aigles de Rome, dont le scénario et le dessin sont de Marini, est en ce sens très réussie. La Rome qu’il donne à voir, où se déroule presque entièrement le deuxième tome, est une ville vivante, à échelle humaine. Certes, les ruelles sombres sont très classiquement le repère de voleurs et de prostituées. Mais il pose sur la ville un regard humain, abandonnant les plans « vus d’avion » (voir l’interview de J.-Cl. Golvin) pour des vues horizontales, depuis le sol, parfois depuis une terrasse ou un toit, toujours d’un endroit accessible à l’homme. Ce qu’il montre de Rome restitue le regard de ses personnages. Ainsi, dans son premier tome où l’essentiel de l’action se déroule dans une villa rurale, Rome apparaît deux fois. La première fois, c’est un enfant qui la découvre et le spectateur est amené à partager ce regard jeune et neuf : la « caméra » est placée sur son épaule et la statue de l’empereur trônant au milieu du Forum impressionne le lecteur comme l’enfant. De retour dans la ville quelques années plus tard, ce n’est plus la même Rome que le jeune homme s’apprête à fréquenter : la Rome diurne laisse place à une Rome nocturne, pleine de promesses de plaisirs. C’est aussi là l’originalité de Marini : il n’oppose pas deux visages de Rome, celle du Capitole et celle de Subure ; il montre au contraire une Rome complexe, où les imposants monuments des empereurs ou des dieux font partie intégrante d’un décor comprenant aussi maisons en bois et ruelles sales. Sa Rome est d’autant plus vivante qu’elle est plurielle, mais d’une pluralité qui ne coupe pas la ville en quartiers distincts.

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Les Aigles de Rome, tome 1, p.12 (2007) : Rome vue par le jeune Marcus. Marini frôle le sacrilège en osant poser des pigeons sur la statue d’Auguste.
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Les Aigles de Rome, tome 1, p.51 (2009) : Rome telle qu’il la retrouve quelques années plus tard.

 

La série Murena est quant à elle un cas un peu à part : la ville, où se déroule pourtant l’essentiel de l’action, disparaît presque totalement des premiers albums. Elle n’est plus que le décor à peine ébauché d’une intrigue centrée sur les personnages et composée principalement de scènes d’intérieur. Le palais de Néron se résume à quelques murs, à un balcon, au mieux à des bains ou un jardin. Rome ne réapparaît réellement qu’au moment d’être la proie des flammes, et donc un acteur majeur de l’intrigue, à partir du septième tome (Vie des feux). Elle occupe toujours les cases du dernier tome (Les Epines), comme une ville en ruine peu à peu libérée de ses décombres. Seule la Rome mouvante et changeante intéresse donc les créateurs de Murena, lorsque la ville se rappelle à ses habitants – et à l’empereur.

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Murena, tome 8, La Revanche des cendres, p.2 (2010).
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Murena, tome 8, La Revanche des cendres, p.3 (2010).

Dufaux et Delaby vont même jusqu’à jouer avec les codes et se moquer de leurs illustres prédécesseurs en proposant dans le dernier tome une « vue-maquette » de Rome : celle que Néron, à la toute première page de l’album, prétend recréer après le grand incendie. Le lecteur reconnaît une vue familière de la maquette de Gismondi reprise par Chaillet, mais un jeu d’ombre et le parallèle avec la « vraie » Rome dans la case suivante lui permet de comprendre qu’il s’agit là des projets de Néron. Une « fausse » Rome qui n’existe que dans l’imagination de l’empereur… et les restitutions des années 1990.

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Murena, tome 9, Les Epines, p.1 (2013).

Cette évolution, d’abord vers une Rome monumentale restituant au plus juste des monuments figés dans un état « neuf », puis vers une Rome gardant les acquis de la restitution mais plus vivante et marquée par le temps, suit en fait les mouvements historiographiques de ces dernières décennies : l’archéologie et l’histoire de l’art ont longtemps fait la part belle à l’architecture, avant de rechercher récemment une épaisseur historique que les monuments semblaient avoir perdue. L’étude des restes de pigments sur les murs et les statues permet par exemple d’avoir désormais une idée assez précise des couleurs que revêtaient ces marbres dont nous aimons tellement la blancheur. La bande dessinée se fait ainsi un vecteur de vulgarisation autant qu’un miroir de l’image que nous pouvons avoir, à un moment donné, de l’Antiquité romaine.

Pour poursuivre ce mouvement, il faudrait maintenant montrer une ville non seulement en mouvement, mais aussi en chantier : représenter Rome à l’époque d’Alix, et plus encore à l’époque d’Alix Senator, sous Auguste, c’est en fait représenter un immense chantier à ciel ouvert. Dans le dernier Alix, Jailloux évoque la construction du temple de Vénus Genitrix sur le forum de César, mais se contente de quelques cordes et échafaudages placés au-dessus de son fronton. Seul Marini nous offre une image – assez réaliste – d’un bâtiment en travaux, sans oser s’attaquer à de grands monuments pourtant en chantier à l’époque (comme le forum d’Auguste, à peine achevé à la mort de l’empereur). Reste à voir ce que nous proposera la bande dessinée ces prochaines années. A bon entendeur…

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Alix tome 34, Par-delà le Styx, p.10 (2015) : on se demande presque ce que viennent faire ces échafaudages au-dessus d’un temple qui a pourtant l’air terminé.

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Les Aigles de Rome, tome 2, p.36 (2009) : la machine de soulèvement que représente ici Marini semble tout droit sortie du manuel de l’architecte romain Vitruve.

 

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Avr 01, 2016