hugo pratt

Quand on cite Hugo Pratt, c’est le plus souvent pour parler de Corto Maltese, et plus particulièrement de sa qualité littéraire et graphique. La facette historique de l’œuvre du dessinateur italien est généralement laissée de côté. Elle imprègne pourtant, et de manière très profonde, tout ses albums. Décryptage d’une bibliographie entièrement portée par l’Histoire. (suite…)

Sep 30, 2015

Cela n’aura échappé à personne : les éditions Casterman publient en cette fin du mois de septembre une nouvelle aventure de Corto Maltese, 20 ans après la disparition du maître de Venise. Si Cases d’Histoire cherche avant tout à évoquer l’actualité historique par le biais de la bande dessinée, il était, avouons-le, particulièrement tentant de prendre cet événement éditorial à contre-pied en nous penchant sur l’une des caractéristiques de l’œuvre d’Hugo Pratt : son ancrage plus ou moins direct dans l’Histoire.

Fils de militaire, engagé dans la police italienne en Abyssinie à l’âge de 13 ans, témoin de la débâcle de l’armée de Mussolini face aux maigres troupes britanniques en 1941, prisonnier de guerre, Hugo Pratt a été, dans son adolescence et en toute relativité, l’un des acteurs de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Cette jeunesse mouvementée explique sa profonde fascination pour la guerre, les uniformes et les armes. Une passion qui transparaît dans Les Scorpions du désert ou encore dans Ernie Pike, et qui va par la suite s’étendre à d’autres périodes et d’autres territoires. Ce sera notamment le cas du Nouveau Monde et de la lutte désespérée des Amérindiens contre les colonisateurs européens, thème qui donnera naissance à des titres comme Ticonderoga ou Fort Wheeling.

Mordu d’histoire, Hugo Pratt n’en a pour autant jamais fait véritablement son fonds de commerce. S’il a toujours effectué (ou chargé certains collaborateurs de le faire pour lui) des recherches documentaires minutieuses, l’Histoire ne devait servir que de décor, de prétexte, à un récit plus dense, plus complexe, et surtout profondément attaché à son caractère fictif. Son personnage le plus célèbre, Corto Maltese, est à ce titre particulièrement représentatif d’une technique d’écriture et de dessin qui en font l’un des héros de fiction les plus afférents au contexte historique qui l’entoure ; sans pour autant jamais en influer sur le cours.

Alors, si son œuvre est intimement liée à l’Histoire, Hugo Pratt est-il pour autant un historien fiable ? Difficile de répondre à cette question par la positive, dans la mesure où il n’a jamais souhaité devenir une référence en la matière, contrairement à certains de ses contemporains comme Jacques Martin. Par ailleurs, lorsque l’on prend pleinement conscience de la manière dont il a perpétuellement réinventé certains épisodes de sa propre vie, on est en droit de douter du caractère irréprochable de son approche. En revanche, ses récits inoubliables ont indubitablement inspiré des générations de lecteurs en les ouvrant vers de nouveaux horizons, y compris historiques.

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Sep 30, 2015
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